Cette fois, ce sont les derniers.

Les hommes ont fait halte. Le général Manteuffel s'avance le premier, suivi de son brillant état-major. À la vue de la borne-frontière, il s'arrête et fait faire demi-tour à son cheval, qui de ses pieds de derrière touche la pierre.

L'escorte se range à la droite du général. Sur un signe d'un officier, la musique se place sur le talus de la route, en face le général Manteuffel; puis les deux ou trois compagnies défilent lentement dans l'intervalle, en portant les armes.

Au moment où le dernier Allemand vient de franchir le sol français, un cri de: Vive la France! retentit, et les quelques témoins de cette scène aperçoivent un ouvrier qui vient de déployer le drapeau tricolore, sous lequel nous nous pressons, la tête découverte.

La scène est d'une grandeur inouïe; à ce cri, tout l'état-major prussien jette les yeux sur le drapeau. L'officier russe, par un mouvement très-remarqué, fait cabrer son cheval, comme pour se séparer des Allemands, et se tient sur notre territoire, en face de nous.

Au même instant, deux gendarmes français arrivent au galop, leurs chevaux s'arrêtent devant la borne, et ces braves soldats qui ont voulu reconduire l'étranger jusqu'à la frontière se découvrent devant les couleurs nationales.

Au bout de quelques minutes fiévreuses, le général Manteuffel donne le signal du départ et la troupe s'éloigne, prenant la route qui conduit à Gravelotte.

La France est libre.

A. L. F...

Les cavaliers du dimanche