En Catalogne, les milices ont éprouvé, près de Reuss, un échec assez sensible. Cercos et le curé de Flix, que les lauriers de l'ex-cabecilla, curé Santa-Cruz empêchent sans doute de dormir, leur avaient tendu une embuscade, dans laquelle elles sont tombées.
Tristany se tient avec deux mille hommes entre Belsarens et Berga, et Saballs est avec des forces à peu près pareilles à Sampedor. La province de Valence a été aussi envahie par quelques bandes, dont quelques-unes se sont même avancées jusqu'à quatre kilomètres de la capitale. Valence se prépare à les recevoir vigoureusement. Je vous ai déjà envoyé quelques croquis de cette ville, lors de l'insurrection cantoniste. Je vous adresse aujourd'hui la vue d'un de ses coins les plus curieux: la place du marché. C'est un long espace irrégulier, situé à peu près au centre de la ville. La quantité d'objets divers qui se vend là, sans compter les comestibles, est vraiment incroyable. Aussi vous vous doutez de l'animation qui y règne! La célèbre Casa longa et l'Église des Santos-Juanes donnent sur cette place qui, vous le savez, rappelle la plupart des vieux souvenirs de Valence. C'est là qu'autrefois les chevaliers rompaient des lances et que le bourreau coupait des têtes. Là avaient lieu également les courses de taureaux. Inutile d'ajouter que les derniers événements ont enlevé à la place du marché quelque peu de son animation habituelle. Mais, ce n'est qu'un temps d'arrêt. Un rayon de soleil à l'horizon politique, et vous verrez!
X.
LES 18 RÉGIONS MILITAIRES
Conformément à la loi sur l'organisation de l'armée, le territoire de la France doit être divisé en dix-huit régions militaires, dont chacune est occupée par un corps d'armée qui y tient garnison. L'Algérie forme une dix-neuvième région à laquelle est affecté un corps d'armée spécial.
Chacun des corps d'armée des dix-huit régions comprend deux divisions d'infanterie, une brigade de cavalerie, une brigade d'artillerie, un bataillon du génie, un escadron du train des équipages, ainsi que les états-majors et les divers services nécessaires (Art. 6 de la loi). La composition détaillée de ces corps d'armée sera réglée ultérieurement par une loi spéciale. En attendant, l'Assemblée nationale a invité le pouvoir exécutif à préparer le règlement d'administration publique portant délimitation des régions.
En exécution des ordres de l'Assemblée, M. le maréchal de Mac-Mahon a chargé le conseil supérieur de la guerre, devenu aujourd'hui Conseil de défense, de préparer un projet de division du territoire, projet soumis en ce moment à la sanction du conseil d'État. Après une discussion approfondie qui fait honneur au conseil de défense et à laquelle ont surtout pris part les généraux Douay, Ducrot, d'Aumale, A. de Rivières, on a délégué à une sous-commission le soin d'arrêter les bases d'un travail définitif. C'est ce travail que nous faisons connaître aujourd'hui, en faisant observer qu'il est encore susceptible d'être amendé par le conseil d'État, et que les résidences désignées pour les commandants de corps sont provisoires et pourraient bien être changées en partie. Ainsi, pour le troisième et le quatrième corps, les membres du conseil, tous appelés à commander en chef, ont demandé comme quartiers généraux les charmantes résidences de Compiègne et de Fontainebleau, quand la seule inspection de la carte indique qu'ils seraient mieux placés, au point de vue du service, à Amiens et à Orléans, vers chacun desquels convergent cinq lignes de chemin de fer. Ce qui prouve qu'il est difficile, même aux hommes animés des meilleures intentions, de se dégager entièrement de toute préoccupation d'intérêt personnel.
La sous-commission chargée de diviser le territoire en dix-huit parts, aussi égales que possible, a dû nécessairement tenir compte des considérations suivantes:
1º Répartir les contingents de la Seine, de Seine-et-Oise et du Rhône entre plusieurs corps d'armée. Cette nécessité n'a pas, pensons-nous, besoin d'être démontrée; les populations de ces départements émettant en toute occasion des votes qui donnent une idée précise des sentiments qui animent la majorité de la population.
2° Veiller à ce que chaque région pût fournir le même nombre de jeunes gens; ce n'est qu'avec le temps que l'on pourra régler exactement la répartition des recrues et des réservistes, dont les premières sont fournies par toute la France et les seconds par la région seulement.