Désavoué avec énergie, dès le lendemain de sa publication, par les journaux républicains de toutes les nuances, le programme de l'Avenir national n'a pas été mieux accueilli par les feuilles bonapartistes. Toutefois, ces dernières se sont donné le temps de la réflexion, et c'est le surlendemain seulement qu'elles ont déclaré que le prince Napoléon devait seul être rendu responsable du «très-regrettable scandale» causé par lui, et que si la force des circonstances obligeait les partisans de l'appel au peuple à se séparer de la majorité du 24 mai, ce serait peut-être pour suivre une marche parallèle à celle des républicains, mais non pour conclure avec eux une alliance qu'ils repoussent avec horreur.

COURRIER DE PARIS

Théophile Gautier se plaignait de ce qu'on fabriquât trop de paysagistes. «Si ça continue, disait-il, on en verra autant que de bacheliers.» Il montrait du doigt un des travers du temps, mais sans espérer qu'on se corrigerait. En France, on sait tout faire, excepté un effort d'esprit poussant à contrecarrer la mode. Or, le vent est au paysage, rien qu'à ça. Le tableau d'histoire, la marine, le portrait, le tableau de genre, autant de spécialités qui s'envolent à tire-d'ailes. La chose est tellement visible qu'elle n'aurait pas besoin de démonstration.

Pour aider encore à ce mouvement, Troyon, avant de mourir, où sa vieille bonne femme de mère, depuis sa mort, je ne sais lequel, a songé à laisser par testament un prix de douze cents francs pour un concours annuel, une manière d'élever des paysagistes à la brochette. Aux termes de l'acte, les concurrents doivent être âgés de moins de trente ans. Excellente clause. Prenez-les au moment où ils viennent de rompre leurs lisières; qu'ils soient donc jeunes le plus possible, ce sera pour le mieux. Il n'y a rien de tel que des yeux de vingt ans pour étudier la nature dans l'éclosion de son éternelle jeunesse. Mais pourquoi avoir voulu que le programme du concours fût expressément réglé par l'Institut. Est-ce que l'Institut voit clair?

«Un étang, dans une vallée boisée, après l'orage. Animaux au choix.» Tel est le programme Troyon pour 1873. Ces drôles de maîtres du quai Gonti ont voulu mettre de tout dans cette petite affaire; c'est une malignité de vieillards. Un bouquet d'arbres et un ciel du matin ou du soir auraient suffi. Non, il a fallu une espèce d'assiette assortie, une mosaïque des champs, une julienne. Mais ils ont été compris tout de même. Vingt-neuf élèves ont donc envoyé au palais des Beaux-Arts chacun un étang, une vallée, un bois et un orage. Ceux-là ont ajouté des moutons, ceux-là des bœufs couchés dans l'herbe. Une chose étonne, c'est qu'il n'y en ait eu que vingt-neuf et pas cent et même cent cinquante.

Il va sans dire que plus d'une de ces pages donne des promesses de talent. Toutefois disons que la formule de l'Institut: Animaux au choix, a quelque peu égaré l'imagination des concurrents. Ainsi il en est un que je ne veux pas indiquer autrement qui, s'étant proposé de faire une flottille de canards barbotant dans l'eau, nous montre trois de ces volatiles portant des lunettes bleues. Un de nos confrères en chronique, se trouvant là, nous disait: «Comment ces messieurs de l'Institut n'ont-ils pas pris cela pour une personnalité?»

Samedi dernier, à l'hôtel des Commissaires-Priseurs, on a mis en vente ce qui restait du mobilier d'Henri Rochefort. Si effacée que soit aujourd'hui la personnalité naguère encore si bruyante de l'auteur de la Lanterne, on se rappelle pourtant qu'il a été un des plus intrépides amateurs du bric-à-brac. Tout l'or qui sortait de son écritoire s'en allait en fantaisies d'art ou en antiquailles. C'est ce qui explique comment il ne lui est presque rien resté des grosses sommes que lui a rapportées le débit de son pamphlet. Le triste drame de la Commune fini de la manière que vous savez, lui parti pour Nouméa, il a fallu se défaire des bibelots que cet autre Masaniello avait accumulés chez lui. Une première journée, tambourinée avec soin à travers la ville, suivant l'usage, a amené les acheteurs par centaines. Pour la vente de samedi, ça été autre chose. On n'avait fait la dépense d'aucune affiche. C'était tout ce qu'il vous plaira d'imaginer d'étouffé: une vente à huis clos ou encore un feu d'artifice tiré au fond d'une cave.

Il en est résulté qu'il ne se trouvait devant le bâton du commissaire-priseur que peu d'acheteurs, des pingres, un groupe de ces Auvergnats aux doigts crochus qui font métier de s'enrichir avec les épaves du monde élégant ou des artistes. Ils étaient donc là une trentaine au plus, hommes et femmes, tous crasseux, tous pelotonnés près du butin. Pendant la vente, ils échangeaient entre eux l'argot de la rue de Lappe, une grammaire qui sent les vieux chiffons et la vieille ferraille. En fin de compte, ils se sont partagé à vil prix ce restant du luxe d'un jour, car, il faut le répéter, par suite du silence des affiches ou parce que le vrai monde de la rue Drouot est encore hors des murs, on ne voyait par là pas un seul amateur.

Les amis d'Henri Rochefort lui connaissaient une terre cuite d'un style fort original, le Don Quichotte de Lepère. Ce morceau a été adjugé 63 francs. Tout près de cette figurine, on voyait un chef-d'œuvre en bronze, une Diane de Poitiers, de Pradier, étude historique qui vaudra 100,000 francs dans vingt ans. Adjugée pour 62 francs, la Diane de Pradier!

--Choichante-deux francs, cha n'est pas trop cher, disait l'acquéreur avec un gros rire, mais par chuite de la guerre, on a doublé les droits, chongez-y!