--Vous savez que je n'aime pas les gros mots. Mais vous pouvez suivre Justine, bien digne d'être votre compagne...

Justine s'approcha de Justin et lui dit à l'oreille.

--Préviens le cocher, je vais prévenir la cuisinière, la grève va commencer par nous.

--Ils se retirèrent à reculons d'un air insolent et, sur le seuil du cabinet, Justin dit brusquement:

--On fait ce qu'on peut, pour prévenir les révolutions et voilà comment on est reçu!...

--C'est trop fort, s'écria le duc en cherchant sa canne... La duchesse l'arrêta.

Après la sortie de Justine et de Justin, le duc et la duchesse se regardèrent les larmes presque aux yeux; ils s'assirent et causèrent longtemps des jours de leur enfance, où les serviteurs de leurs nobles parents faisaient presque partie de la famille... Que les temps étaient changés!...

La journée s'avançait. Vers l'heure du dîner, la duchesse sonna machinalement, personne ne vint de la maison à son appel, si ce n'est le concierge resté à son poste, et qui lui apprit que la maison avait été désertée par tous les gens.

--Comment allons-nous dîner, s'écria la duchesse...

--Prends mon bras, lui dit galamment le duc, nous irons dîner en tête-à-tête dans quelque restaurant du boulevard; il faut s'accommoder à tout.