PROCÈS DU MARÉCHAL BAZAINE UNE SÉANCE DU CONSEIL DE GUERRE SIÉGEANT A TRIANON.

NOS GRAVURES

Trianon

Le 6 octobre, il y avait à Versailles un mouvement inusité. Depuis les vacances de l'Assemblée nationale, jamais le chemin de fer n'avait déposé à la gare de cette ville un pareil nombre de visiteurs, bien que ce nombre fut relativement restreint.

Mais le flot ne faisait que passer.

A peine arrivé, il repartait dans la direction du château, envahissait le parc peuplé de déesses de marbre et de bronze, traversait les grandes prairies plantées d'arbres superbes, et s'écoulait finalement le long du bras septentrional du grand canal pour venir enfin s'arrêter devant le Grand-Trianon, ce charmant château, élevé sous Louis XIV par Mansard, au milieu des massifs de verdure et des pelouses.

Le Grand-Trianon, un beau jour, on ne sait pourquoi, avait pris la place de la maison de porcelaine, une bonbonnière bâtie vingt ans auparavant pour Mme de Montespan. Mais alors Mme de Montespan avait perdu l'oreille et le cœur du roi; et, de même que Mlle de La Vallière battant en retraite devant elle, s'était retirée aux Carmélites, ainsi elle-même avait déjà cédé le pas à Mme de Maintenon et gagné de son pied qui n'était plus léger la communauté de Saint-Joseph. Le roi d'ailleurs avait vieilli, pas assez toutefois pour que le nouveau château ne retentit pas encore du bruit des fêtes. Mais cela ne devait pas durer. Bientôt, il se lit autour du joli pied-à-terre un silence que troublèrent à peine, vers le milieu du XVIIIe siècle, les éclats de rire de Louis XV folâtrant en traîneau à travers les allées de son parterre. Louis XVI, Napoléon, Louis XVIII, Charles X, s'y montrèrent de loin en loin seulement. Le Grand-Trianon avait décidément perdu toute faveur. Ce ne fut que sous Louis-Philippe qu'il cessa d'être délaissé et sortit de l'oubli. Ce roi l'aima, l'habita, et lui fit subir de notables et heureuses modifications. On montre aux visiteurs les appartements qu'il y occupa, sa chambre à coucher modestement meublée, son cabinet de travail où l'on remarque une table d'acajou fort simple qui lui servait de bureau. Mais Louis-Philippe était un roi bourgeois. Il vivait en bon père de famille, et n'avait jamais figuré dans le moindre ballet. Aussi passa-t-il au Grand-Trianon sans bruit, et depuis lors, de cette résidence princière, personne n'avait plus entendu parler. D'où vient donc que sortant de son sommeil de Belle au bois dormant, tout à coup voilà qu'elle ouvre ses portes à deux battants; que devant sa belle façade à toit plat, aux fenêtres en portiques, les voitures s'arrêtent; que, dans sa cour d'honneur, circulent des groupes d'officiers; qu'enfin dans un coin, à quelques pas de sa grille, se trouve, champignon en une nuit poussé, une guinguette pleine de bruit?

Vous le savez, et je n'ai pas besoin de vous le dire, car c'est le bruit, sinon de la cour, au moins de la ville. De ce nid bâti pour les amours on a fait une salle de justice. C'est Théines qui y règne maintenant, tenant une épée nue d'une main et de l'autre une balance. Métamorphose au moins singulière! Comment on en a eu l'idée, je l'ignore; mais ci-dessous on vous dira comment elle s'est effectuée.

L. C.

Procès du maréchal Bazaine