Matelots dragueurs d'huîtres, côtes anglaises.
Le coquillage qui a passé par les parcs verdissants est moins salé non-seulement que les huîtres qui arrivent du large, mais que celles qui ont séjourné dans les parcs ordinaires.--On a observé que l'huître élevée dans les parcs artificiels aussi bien que celle qui y avait été transportée devenait mule, c'est-à-dire perdait ses facultés de reproduction; celle des claires seule peut fournir du naissain.
L'huître est extrêmement sensible aux variations atmosphériques. Son immobilité prétendue n'est que relative. A la marée montante elle repose sur celle de ses écailles dont l'intérieur est convexe; lorsque la mer se retire elle se retourne sur l'écaille plate. Lorsqu'il fait froid elle s'enfonce dans la vase. Son alimentation se compose des infusoires dont l'eau de la mer tient des myriades en suspension. Ce que nous lui reprochons comme un perpétuel bâillement est en réalité l'acte de la fonction la plus importante de tout organisme, elle mange. Bien qu'il mange souvent, le mollusque est susceptible de vivre assez longtemps hors de son élément sans qu'il paraisse souffrir beaucoup de son jeûne.
Un parc exige des soins multiples et une surveillance incessante. La principale opération du parqueur consiste à balayer le limon que l'eau des fosses, toujours un peu stagnante a laissé sur les coquilles.--Cette opération lui permet de vérifier l'état de l'huîtrière, elle lui permet d'enlever les malades et les morts, dont le voisinage pourrait infecter les huîtres saines. Quant à la surveillance, facile dans les parcs artificiels auxquels attient presque toujours une maison de garde, elle est bien plus difficile à réaliser quand il s'agit des parcs naturels ou claires. Ces dépôts, situés le plus souvent loin des habitations, offrent un appât auquel les amateurs de la pêche du prochain résistent d'autant plus difficilement qu'en raison du prix élevé auquel est arrivé le mollusque ils réalisent ainsi des bénéfices aussi élevés que faciles. Les maraudeurs sans cesse aux aguets autour de cette proie opime profitent des nuits obscures, des temps de brume ou de grosse mer pour faire main basse sur le trésor sous-marin. Quelquefois, ils chargent le produit de leur vol sur une embarcation, tandis que les auteurs de la rapine donnent le change en s'éloignant par terre. Il est arrivé aussi que le ciel s'est chargé de la punition du coupable: parfois on a entendu un cri d'angoisse qui traversait le silence de la nuit; il était jeté par quelque malheureuse femme qui, craignant d'être surprise, ayant pris la fuite avec précipitation, a glissé sur les pierres roulantes et humides et que le courant emporte. Ce lugubre épisode s'est présenté dernièrement sur le Saudy, où la mère et la fille ont trouvé la mort sans pouvoir être secourues.
La statistique des bateaux et des équipages employés à la drague des huîtres ne fournit pas la mesure complète de l'importance de cette pêche pour les populations maritimes; si elle représente une des principales ressources de la partie valide et navigante de ces populations, elle apporte aussi quelque secours à une de ses fractions les plus intéressantes. Que de veuves de marins,--et elles sont nombreuses les veuves chez ces braves gens,--ont trouvé dans de mauvais jours, en se livrant à la pêche à pied, du pain pour leur pauvre petite famille. Cette pêche à pied est toujours passablement fructueuse dans les jours de grandes marées.
Les physionomies toujours si caractérisées, quelquefois si originales, les costumes si pittoresques des habitants de nos côtes fournissent encore aux artistes d'attrayants modèles à étudier. Que ce soit le pêcheur du Nord, son vénérable brûle-gueule à la bouche, enfoui dans ces bottes qui font songer à celles de l'ogre du Petit-Poucet, que ce soit son confrère l'Anglais, le suroi sur la tête, fumant avec calme sa longue pipe, veillant avec autant de soin au bon échouage de son butler qu'à ne pas laisser une goutte de whisky dans son verre, tous présentent des types curieux à reproduire et à conserver. Le sexe féminin fournit également un large appoint à son album; il se gardera bien d'oublier nos gracieuses Cancalaises, à la coiffure provocante, surtout lorsque le vent tourmente les longues brides qui la nouent avec tant de coquetterie sur des joues d'un rose un peu maladif.
L. Faudacq.
Sir Edwin Landseer
L'Angleterre a perdu la semaine dernière un de ses artistes les plus distingués: sir Edwin Landseer.