--Je l'aimerais mieux... morte! s'écria tout à coup la mère infortunée.

En prononçant ce mot, le visage de la pauvre mère refléta l'expression des terreurs affreuses qui l'avaient envahie à l'idée de la captivité de sa fille.

«Oh! mère, ne dites pas cela, cria Ludwig en jetant ses bras autour du cou de la senora. Il n'existe pas au monde d'être assez misérable pour faire du ma; à une créature aussi innocente que ma sœur Francesca! Nous irons à sa recherche, nous remuerons ciel et terre, ma mère, et nous la retrouverons!»

Cypriano s'approcha de sa tante, et pliant le genou devant elle: «C'est moi seul que ce soin regarde, lui dit-il. Je jure, ma tante bien-aimée, de ramener ici l'ange qui nous a été ravi. J'accomplirai cette tâche ou j'y périrai!»

Et se tournant vers son cousin: «Ami, lui dit-il, ton devoir à toi est de ne pas quitter ta mère.»

--Mais, répliqua Ludwig les larmes aux yeux, mon devoir est aussi d'aller au secours de ma sœur. Que faire, mon Dieu!

--Te fier à moi et à Gaspardo. Gaspardo, tu le connais? Nous la délivrerons avec l'aide de Dieu et nous la ramènerons, je te le jure à toi aussi.

Le ton ferme et vibrant de la voix du jeune Paraguayen qui contrastait avec la gravité de son attitude, montrait assez qu'il ne reculerait devant rien pour accomplir son serment.

Quand les premières violences de cette douleur eurent fait place à un état plus calme, Gaspardo parvint à entraîner la malheureuse femme loin du corps de son mari. Elle alla pleurer dans une chambre écartée, suivie seulement par une Indienne, une jeune fille dévouée, qui avait accompagné ses maîtres au moment où ils avaient fui le territoire du dictateur.

Pendant ce temps, le gaucho, aidé par les péons indiens et toujours fidèle à la mémoire de son maître, disposa ses restes d'une manière convenable pour les ensevelir, tandis que le fils maintenant orphelin et son cousin Cypriano discutaient ensemble les meilleurs moyens à employer pour assurer le succès de l'entreprise de Cypriano.