Aucun d'eux ne songea donc à réclamer de secours du Paraguay. Ils n'avaient d'espérance qu'en eux-mêmes et dans l'amitié du chef Tovas. Il fut décidé qu'on partirait à la recherche de la jeune fille.
Cypriano lutta en vain contre la décision qu'avait prise Ludwig de faire partie de l'expédition.
«Il a raison, avait dit sa mère. Je n'ai besoin de rien tant que vous ne m'aurez ramené Francesca. Nos serviteurs suffiront à la garde de la maison, et d'ailleurs... qu'importe ce qui peut m'arriver.»
Sur ce mot Ludwig avait failli renoncer à sa résolution.
«Je veux que tu partes, avait répété sa mère.»
Une autre nuit se passa sans sommeil dans la demeure du naturaliste,--son dernier propriétaire seul y reposa sans rêve et sans inquiétude.
Les premiers rayons du soleil du matin brillèrent sur le sol humide encore d'une tombe nouvellement creusée; avant que la terre ne se séchât, on put voir trois cavaliers harnachés et approvisionnés pour un long voyage, s'éloigner de l'estancia solitaire, tandis qu'une femme en vêtements de deuil s'agenouillait sous la verandah et envoyait au ciel ses plus ferventes prières pour le succès de l'expédition.
CHAPITRE V
LE CORTÈGE D'UNE PRISONNIÈRE
Retournons sur nos pas. Pendant que le corps inanimé de Ludwig Halberger gisait encore, seul et silencieux à l'ombre des algarrobas, nous verrons à peu de distance une troupe de cavaliers se diriger à travers la pampa et fuir à n'en pas douter le théâtre de l'assassinat.