HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE

Il y a de ces périodes de crise suraiguë où les jours semblent des siècles et où les nouvelles vieillissent en quelques heures. Telle a été la semaine que nous venons de traverser. La France entière sait par cœur aujourd'hui la lettre mémorable par laquelle M. le comte de Chambord est venu bouleverser, comme d'un coup de théâtre, une situation acquise au prix de trois mois d'efforts et de négociations épineuses; nous ne pouvons nous dispenser de reproduire ce document dans une revue qui doit être avant tout un répertoire aussi complet que possible des faits, et cependant, en le consignant ici, nous risquons fort, nous le savons, de paraître faire un cours d'histoire ancienne, bien qu'il remonte à cinq jours à peine. Voici cette lettre, adressée à M. Chesnelong, et reproduite le jour même de son arrivée à Paris par le journal l'Union.

«Salzbourg, le 27 octobre 1873.

«J'ai conservé, Monsieur, de votre visite à Salzbourg un si bon souvenir, j'ai conçu pour votre noble caractère une si profonde estime, que je n'hésite pas à m'adresser loyalement à vous, comme vous êtes venu vous-même loyalement vers moi.

«Vous m'avez entretenu, durant de longues heures, des destinées de notre chère et bien-aimée patrie, et je sais qu'au retour vous avez prononcé, au milieu de vos collègues, des paroles qui vous vaudront mon éternelle reconnaissance. Je vous remercie d'avoir si bien compris les angoisses de mon âme et de n'avoir rien caché de l'inébranlable fermeté de mes résolutions.

«Aussi ne me suis-je point ému quand l'opinion publique, emportée par un courant que je déplore, a prétendu que je consentais enfin à devenir le roi légitime de la Révolution. J'avais pour garant le témoignage d'un homme de cœur, et j'étais résolu à garder le silence tant qu'on ne me forcerait pas à faire appel à votre loyauté.

«Mais puisque, malgré vos efforts, les malentendus s'accumulent, cherchant à rendre obscure ma politique à ciel ouvert, je dois toute la vérité à ce pays dont je puis être méconnu, mais qui rend hommage à ma sincérité, parce qu'il sait que je ne l'ai jamais trompé et que je ne le tromperai jamais.

«On me demande aujourd'hui le sacrifice de mon honneur. Que puis-je répondre? sinon que je ne rétracte rien, que je ne retranche rien de mes précédentes déclarations. Les prétentions de la veille me donnent la mesure des exigences du lendemain, et je ne puis consentir à inaugurer un règne réparateur et fort par un acte de faiblesse.

«Il est de mode, vous le savez, d'opposer à la fermeté d'Henri V l'habileté d'Henri IV. La violente amour que je porte à mes sujets, disait-il souvent, me rend tout possible et honorable.