Le corps d'Alvensleben s'était maintenu entre Vionville et le bois de Saint-Arnould, malgré les pertes énormes qu'il subissait depuis le matin. Sa position n'en était pas moins critique et il allait être écrasé quand les 8e et 9e corps, qui avaient passé la Moselle à Novéant, envoyèrent à son secours onze bataillons, plusieurs batteries et des caissons pour réapprovisionner son artillerie à bout de ressources. Le 8e corps prit position sur la lisière du bois de Saint-Arnould, le 9e s'engagea dans le bois des Ognons; ils furent contenus par la brigade Lapasset, la garde impériale et des fractions du corps Frossard que l'on avait placé en réserve près de Gravelotte, face au bois des Ognons.

A 7 heures du soir, le prince Frédéric-Charles ordonna un suprême effort contre Rezonville, la clef de nos positions; mais il échoua, grâce à la ténacité de notre infanterie et à l'énergie des cavaliers de Valabrègue. La division Monlaudon, revenue du ravin d'Ars. prit une part glorieuse et sanglante à ce terrible épisode.

La nuit était déjà obscure lorsque, un peu avant 9 heures, un bruit de chevaux et des hurrahs se firent entendre au milieu du silence que troublaient seuls les gémissements de plus de vingt mille blessés. C'était une dernière charge exécutée par les hussards rouges de la brigade Rauch contre le malheureux village de Rezonville, à moitié détruit par l'incendie et par les obus.

La plume est impuissante à décrire une lutte dans laquelle les deux armées firent prouve d'une grande solidité et de brillantes qualités militaires; il faut parcourir ces champs funéraires pour en bien comprendre toute l'horreur. Nous avons publié, en 1871, dans l'Illustration, un récit de notre visite aux champs de bataille sous Metz, récit accompagné de dessins de notre ami Darjou. Aujourd'hui nous laisserons la parole aux chiffres qui ont une éloquence indiscutable. L'armée française perdit le 16 août huit cent trente-sept officiers et seize mille cent vingt-deux hommes; le corps Frossard réduit à deux divisions et demie est compris dans ce total pour cinq mille deux cent quatre-vingt-six hommes; celui de Canrobert pour cinq mille six cent cinquante-huit. Les pertes des Prussiens s'élevaient à sept cent deux officiers et environ seize mille hommes, sur lesquels les corps d'Alvensleben et Voigts-Rhetz en perdirent plus de douze mille. Récemment, les Allemands n'ont plus mentionné qu'une perte de cinq cent quatre-vingt-un officiers et quatorze mille deux cent trente-neuf hommes; sans doute ils auront défalqué quelques officiers et soldats portés disparus ou trop légèrement blessés pour entrer à l'ambulance ou lazaret de campagne, pour nous servir de l'expression allemande.

Dans la nuit, le maréchal Bazaine replia son armée sur la position de Rozérieulles-Saint-Privat par des motifs soumis en ce moment à l'appréciation du conseil de guerre. Au jour, le mouvement de retraite s'effectua sous la protection de la division Metman, non engagée la veille et qui prit position à Gravelotte.

Le maréchal Bazaine a mis en ligne: les 2e et 6e corps en entier, quarante-cinq mille hommes; le 3e corps, moins la division Metman, restée à Verneville, trente mille; le 4e corps, moins la division Lorencez, vingt mille; la garde et des batteries de la réserve générale, environ quinze mille; total cent-dix mille hommes. Les Prussiens ont engagé: les 3e et 19e corps en entier, soixante-quatre mille hommes; les quatorze régiments des 3e et 6e divisions de cavalerie, les deux régiments des dragons de la garde, dix mille; la brigade Bex du 8e corps, avec cavalerie et artillerie, six mille; le régiment de grenadiers nº 11 de la 18e division et la 1re brigade de la 25e division du 9e corps, huit mille; total quatre-vingt-huit mille hommes.

Il faut observer que la supériorité numérique des Français n'était manifeste qu'à leur aile droite, près de Mars-la-Tour et, le 17 au matin, il est hors de doute que les Allemands eussent reçu plus de cent mille homme de renfort, car dans les débats de Trianon, il semble que l'on n'ait pas songé aux huit ponts supplémentaires jetés par l'ennemi avant la matinée du 17.

A. Wachter.

Mort de l'amiral Tréhouart

L'amiral Tréhouart est mort, le 8 novembre dernier, à Arcachon, où le soin de sa santé l'avait conduit, il y a quelques mois.