--Ni moi non plus, ajoute Cypriano.

--J'en ai entendu parler, moi, dit le gaucho, et j'ai vu aussi ses effets. C'est une arme dont les Indiens se servent avec une adresse qui vous surprendrait. Ils la lancent à plus de 30 mètres et en frappent la tête d'un ennemi avec autant de sûreté que si elle sortait du canon d'une carabine. Maldita! J'ai vu des crânes écrasés par un pareil coup, mieux que s'ils avaient été écrasés par un bâton de quebracho (2). La bola perdida, senores! ce n'est pas un jouet d'enfant, je vous l'assure.

Note 1: Littéralement «boule perdue», la signification spéciale de ces mots résultera de l'explication du gaucho.

Note 2: Nom donné à une espèce d'arbre de la famille des acacias, à cause de la dureté de son bois. Quebracho, ou casseur, signifie qu'il briserait la hache avec laquelle on voudrait l'abattre.

--Mais quelle preuve avez-vous qu'elle ait été lancée par des Tovas?»

Cette question était faite par Ludwig.

«Ils sont les seuls Indiens qui puissent l'avoir laissée tomber, car eux seuls se servent de cette arme. Aucune autre tribu ne l'emploie. N'en doutez pas, mes enfants, elle a été perdue par un traître Tovas.»

Les deux jeunes gens firent un signe d'assentiment, et dès ce moment ils surent que la piste qu'ils suivaient alors était certainement la piste des Tovas.

Cette connaissance acquise d'une façon si inattendue affecta les voyageurs bien différemment. A Ludwig elle donna, sinon de la joie, du moins un rayon d'espérance de retrouver sa sœur, tandis que chez Cypriano elle ne produisit qu'un désespoir plus sombre encore.

«Au-dessus des Tovas, au-dessus du misérable assassin, dit-il à ses deux compagnons, il est un plus grand coupable, à qui remonte la première responsabilité de tous nos malheurs.