La Célestine, de Fernando de Rojas, traduite par M. Germond de Lavigne. (Nouvelle collection Jannet.)--M. E. Picard continue avec succès la publication de ses petits chefs-d'œuvre littéraires faisant suite à la collection Jannet. Les bibliophiles se disputeront également la collection rouge, qui est l'ancienne, et la collection bleue, qui est la nouvelle. Sous cette dernière forme, les œuvres de Rabelais vont être tantôt achevées, et M. André Lefèvre vient de donner une édition des Lettres persanes, de Montesquieu, qui pourrait bien être définitive. Aujourd'hui, M. Germond de Lavigne, si compétent en ce qui touche la littérature espagnole, publie, dans cette même collection, une traduction de la Célestine, ce roman dialogué d'un intérêt si puissant et d'un charme si particulier qui date, s'il vous plaît, du XVe siècle,--de 1492,--et qui semble comme la source où Calderon et Pope puisèrent leurs drames ensoleillés et entraînants.
Moratin avait raison d'appeler la Célestine une nouvelle dramatique. Ce n'est que cela, en effet; mais cette nouvelle est inimitable. Il y a de tout, dans ce conte, de la morale et de la poésie, des aventures d'amour, des leçons tragiques, des séductions et des drames. Le type du prodigue Calixte est peint de main de maître, et le profil de la Célestine, une proche parente de la Macette de Régnier, est inoubliable. L'homme qui écrivit cette sorte de drame, Fernando de Rojas, était un de ces artistes rares et puissants que les littérateurs nomment d'un grand nom, les précurseurs.
M. Germond de Lavigne a traduit la Célestine avec ce talent qui lui valut, il y a quelques années, les éloges de Charles Nodier. Il n'a pas essayé, dit-il, de reforger les endroits scandaleux qui pouvaient offenser les religieuses oreilles, et il a bien fait. Sa traduction y gagne d'être une œuvre d'art à travers laquelle on saisit toute la couleur, tout l'éclat du style castillan.
Jules Claretie.
LES FUYARDS A LA PORTE DE BALAN. Gravure extraite de la
Guerre de 1870-71, par A. Wachter. (E. Lachaud, éditeur.)
LA GUERRE DE 1870-71
Histoire politique et militaire
PAR A. WACHTER
Au moment où les débats du procès Bazaine remettent en lumière les tristes péripéties de la dernière guerre et les causes de nos désastres, nous croyons devoir appeler l'attention de nos lecteurs sur un ouvrage que nous avons déjà signalé lors de son apparition: nous voulons parler de l'Histoire de la guerre de 1870-71 de M. Wachter, éditée par la librairie Lachaud. Parmi les innombrables publications qui se sont succédé sur ce sujet depuis trois ans, celle-ci est l'une des plus complètes, des plus intéressantes et des mieux à la portée du public. Les connaissances spéciales de M. Wachter ont fait de lui, depuis longtemps, un de nos écrivains militaires les plus justement estimés; une étude approfondie des opérations stratégiques qu'il a suivies sur le terrain même et une lecture attentive des documents allemands qu'il a consultés dans leur texte original, ont permis à M. Wachter de réunir dans les deux volumes qui composent son travail, les renseignements les plus exacts, les plus authentiques, et de les présenter d'une manière plus méthodique et plus claire que dans la plupart des ouvrages du même genre; ajoutons que le livre est richement illustré de dessins de M. Darjou, l'habile artiste dont nos lecteurs connaissent trop bien le talent, pour que nous ayons besoin d'en faire l'éloge. Les deux gravures que nous avons publiées la semaine dernière sur la bataille de Rezonville et les carrières du Caveau étaient extraites du beau livre de MM. Wachter et Darjou; celle que nous reproduisons aujourd'hui un nouveau spécimen de ces illustrations, qui sont le vivant commentaire du texte de M. Wachter.