Le général Coffinières était gouverneur de Metz. Il avait été nommé en cette qualité le 7 août. Il semble avoir subi, pendant toute la durée du siège, la fatale influence du maréchal Bazaine. Il a déclaré à la conférence de Grimont que l'armée devait rester sous Metz, attendu que la ville et ses forts n'étaient pas en état de défense suffisant, opinion qu'il a désavouée devant le conseil de guerre. Il s'est tu, à la même conférence sur la marche de Mac-Mahon vers Metz, marche qu'il connaissait. Cependant, retenir l'armée, c'était compromettre l'armée de Châlons, et réduire les approvisionnements de la place, c'est-à-dire la durée de sa résistance. De plus, il n'a provoqué aucune des mesures propres à assurer la défense de la place. Il n'en a fait sortir ni les bouches inutiles, ni les étrangers, et il y a reçu les populations rurales. Il n'a pas procédé à la constitution d'un approvisionnement de siège, et a négligé de former un comité de surveillance, conformément aux prescriptions de l'article 260 du décret de 1863. Après avoir approuvé et signé le procès-verbal du conseil de guerre du 10 octobre, il s'est prononcé cependant au conseil du 18 contre la possibilité de continuer les négociations entamées avec la Prusse par le général Boyer, et pour une tentative désespérée de sortie, les armes à la main. En revanche il n'a pas été d'avis de détruire le matériel de guerre, à la veille de la capitulation, et il a rappelé pour sa justification, que jusqu'au dernier moment il avait été spécifié que si les conditions imposées par l'ennemi n'étaient pas honorables, on lui livrerait un combat suprême. Il a ajouté que d'ailleurs, au dernier moment, le maréchal Bazaine dirigeant lui-même les détails de la capitulation, il ne lui appartenait pas de s'immiscer «dans ces affaires».
Le général Boyer est le négociateur envoyé à Versailles par le maréchal Bazaine, à la suite du conseil de guerre du 10 octobre. Il partit le 12, sous la surveillance de deux officiers de l'état-major du prince Frédéric-Charles.
Arrivé à Versailles, il eut une première entrevue avec M. de Bismarck, qui, après lui avoir fait le tableau le plus faux de la situation de la France, lui déclara que le roi de Prusse n'était pas disposé à accorder à l'armée de Metz d'autres conditions que celles qui avaient été faites à l'armée de Sedan; que cependant il se réservait de faire valoir auprès de lui certaines considérations politiques qui pourraient changer la face des choses. En traitant avec l'impératrice, tout s'arrangerait sans doute. Il s'agissait donc pour l'armée de Metz d'affirmer sa fidélité au gouvernement de la régente et d'obtenir de cette dernière la signature des préliminaires de paix. Ces préliminaires obtenus, l'armée de Metz se retirerait sur un territoire neutralisé où les pouvoirs publics, tels qu'ils étaient constitués avant le 4 septembre, détermineraient sous sa protection la forme du gouvernement qu'ils croiraient devoir adopter.
Maintenant le roi accepterait-il ces conditions? C'est ce que M. de Bismarck, qui par cette comédie ne voulait que gagner du temps afin d'épuiser les dernières ressources de l'armée de Metz, promettait de faire savoir le lendemain au général Boyer. Le lendemain, le roi acceptait naturellement, et le général quittait Versailles pour Metz, où il rentrait le 17. Le 18, il rendait compte de sa mission dans une nouvelle conférence, où il chargeait encore de teintes plus sombres le tableau que lui avait fait M. de Bismarck de la situation du pays. Quelle décision allait prendre le conseil? Essaierait-on de traiter sur les bases indiquées par la Prusse? La majorité se prononça pour l'affirmative. En conséquence, le général Boyer se mit en route pour Hastings. On sait que sa démarche n'a pas abouti, et qu'il négociait encore auprès de l'impératrice lorsque la nouvelle de la capitulation de Metz arriva en Angleterre.
Les derniers témoins, dont nous donnons aujourd'hui les portraits, ne présentent qu'un médiocre intérêt. Il y en a deux, toutefois, dont les témoignages méritent d'être signalés: Les sieurs Garrigue et Steiff. Le premier, voiturier à Metz, avait traité avec l'autorité militaire pour le transport des parlementaires des avant-postes à l'état-major général. Il a déclaré avoir transporté douze parlementaires environ, du 25 septembre à la fin du blocus. L'autre, Steiff, domestique au château de Corny, a vu deux fois un parlementaire venir auprès du prince Frédéric-Charles. La première fois, il n'a pas su le reconnaître, le parlementaire étant couvert d'un manteau et ayant les yeux bandés; mais la fois suivante, il a affirmé l'avoir parfaitement reconnu.
--C'est bien, a-t-il dit, le maréchal Bazaine.
L. C.
Libres!
Notre collaborateur, M. Savigny, vous a raconté dans le précédent numéro le drame de la Porte-Saint-Martin, Libres! Il ne nous reste plus qu'à expliquer aujourd'hui la gravure qui reproduit les divers épisodes de cette pièce si dramatique. C'est le combat, c'est la bataille, c'est la mêlée entre les Albanais du pacha et les Souliotes de Lambros, appelés à l'insurrection par le polémarque, les bras étendus, le fusil levé au milieu de ces vaillants soldats. Ce héros au sabre recourbé, à la chahia dont les glands d'or flottent au vent, c'est Lambros, libre, et montrant à Aly la défaite de ses troupes; un homme est couché à gauche, étendu à terre par la balle d'Andronicus. Au centre, Mikalis, le comique, et sa fiancée Smaragda se reposent des agitations du drame en pêchant à la ligne. Il joue un grand rôle, le pêcheur qui surprend plus de secrets qu'il ne prend de poissons.
Notre dessinateur a reproduit, dans les médaillons latéraux, au principal sujet, les principales décorations du drame: la Grèce, avec ses ruines, ses temples, ce Parthénon qui élève son fronton mutilé au milieu de fûts de colonnes renversées. Au-dessous, se dessine le petit village de Variadès, aux maisons blanches, aux toits supportés par des étais de bois, et aux vignes courant sur les tuiles rouges; à droite, la falaise, couronnée d'arbres et dominant les vastes horizons de la mer.