(Suite)
CHAPITRE VIII
ENTRE UN TIGRE ET UN TORRENT
Gaspardo avait commencé à frapper la pierre, et quelques étincelles scintillaient déjà du milieu de la profonde obscurité, quand un bruit inattendu, au milieu de tous les bruits de la tempête, vint tout à coup frapper son oreille et arrêter sa main.
Ses deux compagnons l'avaient entendu comme lui; les trois chevaux qu'il avait inquiétés aussi bien que leurs trois cavaliers donnèrent soudain des signes évidents de terreur. Ils se mirent à hennir et à piétiner le sol. Une seconde fois ce bruit frappa leurs oreilles, c'était un effrayant rugissement, et il n'y avait pas à s'y tromper, hommes et chevaux l'avaient reconnu en même temps. C'était le rugissement d'un tigre (1).
Note 1: Les Hispano-Américains, aussi bien au nord qu'au sud du continent, donnent au jaguar le nom de «tigre». Le nom de jaguar est un mot guarani, le seul correct pour cet animal dans l'Amérique du Sud.
Tout d'abord, ils avaient cru que le terrible animal devait se trouver au fond même de la grotte. Mais quand le cri retentit de nouveau ils comprirent que le tigre ne devait être qu'à l'entrée et de l'autre côté des ponchos.
L'avantage n'était pourtant pas considérable, la frêle barrière des manteaux ne les protégerait guère plus qu'une toile d'araignée contre les griffes du féroce animal, s'il était venu, comme c'était probable, chercher un refuge dans la caverne qui leur servait d'asile.
Il ne serait certainement pas arrêté par un simple rempart de couvertures. Étonné d'abord de l'obstacle qui lui barrait l'entrée et dont il ne soupçonnait pas la fragilité, le tigre semblait avoir, pour un instant, reculé.
«Taisons-nous, dit un des deux jeunes gens, la caverne paraît profonde, elle a peut-être quelque issue extérieure. Qui sait si le tigre ne se contentera pas de la traverser? l'obscurité est telle qu'il peut ne pas nous apercevoir.