Lorsqu'ils revinrent à l'entrée de la grotte et regardèrent au dehors, il n'y avait pas plus de traces de l'ouragan que s'il n'eût jamais existé. Au-dessus de la berge opposée de l'arroyo, ils pouvaient distinguer un espace de ciel d'une belle nuance azurée, et par les rayons de lumière qui plongeaient dans le vallon, ils voyaient que le soleil brillait aussi pur qu'avant d'avoir été obscurci par les nuages épais de la poussière.
Cette terrible lutte des éléments avait duré en tout une heure. Ils l'auraient considérée comme un rêve s'ils n'eussent eu sous les yeux, s'étendant sur les pentes du terrain, les traces de sa furie; des arbres déracinés, d'autres oscillant, des branches brisées et déchirées, des bouquets d'arbustes couchés comme des roseaux, enfin, à leurs pieds, un torrent écumant remplaçant le mince ruisseau que leurs chevaux avaient traversé à gué une heure à peine auparavant.
Sans cet obstacle tort sérieux, ils auraient immédiatement repris leur voyage, mais d'un seul coup d'œil, ils en avaient reconnu l'impossibilité. Comme le paysan de la fable, mais avec plus de raison puisqu'ils n'avaient devant eux qu'un fleuve improvisé et accidentel, ils devaient attendre le moment où les eaux baisseraient.
«Nous n'en avons pas pour longtemps, mes enfants, dit le gaucho, en remarquant leur impatience, et en essayant de les encourager.
--Non, continua-t-il, après être resté un instant les yeux fixés sur le torrent, pas pour bien longtemps. Ce débordement, né de la tourmente qui l'a produit, baissera aussi vite qu'il s'est élevé. Il est déjà tombé de plus d'un demi-pied; voyez les traces qu'il a laissées sur les pierres.»
Et il désigna du doigt un endroit que l'eau boueuse avait mouillé et dont elle s'était déjà retirée. C'était bon signe. Tous trois retournèrent donc dans la grotte pour y empaqueter leurs bagages, donner quelques soins à leurs montures, sur lesquelles la tourmente avait agi autant que sur le jaguar, et se préparer à reprendre leur route.
Aussitôt cette besogne terminée, le gaucho se donna sur la poitrine, en guise de mea culpa, un coup de poing qui en eût abattu un autre que lui-même.
«Santo Dios! je perds la tête, s'écria-t-il, c'est pitié de laisser ce beau jaguar derrière nous. Sa peau vaudrait de l'argent si quelqu'un la portait au marché. Comme le mâle était beau! Jamais je n'en ai vu un plus magnifique. Ah! si votre....»
Il s'arrêta brusquement.
Mayne Reid.
(La suite prochainement.)