Nous avons parlé de ce dernier en donnant son portrait, il y a quelques semaines; nous n'avons donc pas à y revenir. Quant à M. Lachaud fils, le temps lui a fait défaut pour travailler à l'auréole dont il ne peut manquer un jour ou l'autre de ceindre son front, si tant est que le proverbe soit vrai; mais pour le moment il ne brille encore que des rayons de la gloire paternelle, assez grande, après tout, pour contenter deux ambitions, même exigeantes.
Me Lachaud a aujourd'hui cinquante-six ans. Né à Treignac (Corrèze) le 25 février 1818, il exerçait sa profession d'avocat à Tulle, lorsque Mme Lafarge le choisit pour défenseur. Ce fameux procès commença sa réputation, qu'acheva d'établir le procès Marcellange. C'est alors que Me Lachaud vint à Paris, où il ne tarda pas à prendre au barreau parisien une des premières places. Il brilla surtout devant la cour d'assises, où son éloquence naturelle, admirablement servie par une voix aussi souple que sympathique et des facultés mimiques très-développées, lui assura un grand ascendant aussi bien sur les juges que sur l'auditoire. Parmi les affaires qu'il y plaida, citons les affaires Pavy, de Preigne, Carpentier, Lescure, de Merci, Lemoine, Taillefer et Troppmann.
Nous pouvons maintenant ajouter à cette liste l'affaire Bazaine, qui prime incontestablement toutes les autres, aussi bien par la position élevée de l'accusé, que par les circonstances exceptionnelles qui ont donné lieu à l'accusation.
P. S.--Au moment de mettre sous presse, nous recevons la nouvelle que le 1er conseil de guerre vient de rendre son arrêt, que nous n'attendions pas si tôt. Mais le conseil a siégé de neuf heures du matin à neuf heures du soir, le 10; et dans cette séance si longue ont eu lieu la fin de la plaidoirie de Me Lachaud et les répliques. A quatre heures et demie, les débats ont été clos et à neuf heures moins un quart, après une délibération qui n'a pas duré moins de quatre heures, le conseil rentrait en séance, rapportant son verdict. Quatre questions lui avaient été posées.
lre question.--Le maréchal Bazaine est-il coupable d'avoir, en octobre 1870, capitulé, son armée étant en rase campagne?
2e question.--Cette capitulation a-t-elle eu pour résultat de faire poser les armes à sa troupe?
3e question.--Le maréchal Bazaine a-t-il traité verbalement ou par écrit avec l'ennemi, sans avoir fait tout ce que lui prescrivaient le devoir et l'honneur?
4e question.--Le maréchal Bazaine, mis en jugement sur l'avis du conseil d'enquête, est-il coupable d'avoir capitulé avec l'ennemi, rendu la place qui lui était confiée, sans avoir épuisé tous les moyens de défense dont il disposait et sans avoir fait tout ce que prescrivaient le devoir et l'honneur?
A ces quatre questions, chacun des membres du conseil ayant répondu affirmativement, le maréchal Bazaine a été condamné à l'unanimité à la peine de mort, avec dégradation militaire.