Blanchard était né voyageur, mais la façon dont il fit son voyage au Caucase peint tout à fait son caractère et le charme personnel que possédait ce brave et honnête homme. Il était parti pour la Russie avec la mission de rendre compte à l'Illustration des fêtes données à Saint-Pétersbourg à l'occasion du sacre du czar. Blanchard envoyait ici ses croquis et il avait annoncé qu'il ne resterait dans le Nord que quinze jours. Il y resta trois ans. Un gentilhomme russe se prit pour lui d'une belle amitié et l'emmena, bon gré mal gré, au Caucase. Les semaines et les mois passaient et Pharamond Blanchard donna deux ans de sa vie à ce voyage d'où il revint en laissant là-bas des amitiés et des regrets sincères.
Et à propos de voyages, nous n'oublions pas nous-même l'excursion que nous fîmes ensemble, en 1866, pendant que grondaient en Bohême les canons prussiens et autrichiens. Nous allâmes aux fêtes séculaires données pour célébrer la réunion de la Lorraine et du Barrois à la France. De Nancy, nous allâmes à Metz qui était encore Metz la vierge. Que ce temps-là est loin! Une partie de la Lorraine est prussienne aujourd'hui, des Bavarois paradent à Metz, devant la statue de Ney, et notre gai compagnon de voyage, qui, levé bon matin, commençait aussitôt et conduisait jusqu'au soir ses amusantes histoires, Pharamond Blanchard a disparu, aimé de bien des gens et estimé de tous.
Nous ne saurions compter tout ce que Blanchard laisse après lui d'études de toutes sortes, de travaux achevés, de dessins, de tableaux. Aucune existence ne fut plus laborieuse et plus digne que la sienne; et l'Illustration perd là, avec un ami, un de ses plus chers et de ses plus dévoués collaborateurs.
Jules Claretie.
LA SŒUR PERDUE
Une histoire du Gran Chaco
(Suite)
Il allait dire:
«Si votre père avait été là, il ne lui aurait pas laissé remporter sa fourrure.»
En effet, si bon chasseur qu'il fût, Gaspardo avait trop souvent vu Halberger à l'œuvre pour douter de ce qu'il eût fait à sa place. Il n'était pas non plus sans regretter ce beau coup et certes il ne l'eût pas laissé échapper s'il n'eût eu à craindre que pour lui-même, et s'il n'avait dû penser avant tout aux jeunes gens qui lui étaient confiés.