--J'attends la conclusion.

--La conclusion est très-simple; elle se divise en deux parties. La première c'est que, dans l'ordre de la lecture, rien n'est insignifiant. Les enfants ont une mémoire particulière, des tiroirs tout prêts, où ils emmagasinent les moindres mots. Celui-là avait eu la bonne fortune de plaire à notre héros, et il avait su le mettre à profit. Jugez par cela du chemin qu'aurait pu faire dans sa cervelle cette littérature de pacotille, ces livres «par-dessus le marché» dont vous parliez tout à l'heure. La seconde conséquence, c'est qu'à cet âge où les idées se forment, le livre est un conquérant, un séducteur qui peut rivaliser avec le nègre qui tire la langue et les automates au tambour, à cette différence près qu'il ne faut pas longtemps pour que la langue du nègre refuse l'exercice et que les baguettes du tambour se démènent dans le vide, tandis qu'avec le livre, pas d'accidents à craindre.

--Je vois où vous voulez en venir, me dit la jeune femme d'un ton plus sérieux que de coutume; mais avouer l'influence souveraine du livre, n'est-ce pas en dénoncer le danger? Où les trouver aujourd'hui ces histoires amusantes et instructives qui remplacent les jouets, et font, comme on dit, la joie des enfants et la sécurité des parents?

--Où? Je m'en vais vous le dire, et si je parviens à vous convaincre, je ne regretterai pas d'être venu: Mais remarquez, en attendant, que vous me faites la partie belle en reconnaissant déjà que dans la hiérarchie des cadeaux le livre mérite d'occuper la première place, le premier rang?

--Ne vous hâtez pas de triompher, s'écria-t-elle; j'écoute, voilà tout.

--Soit. Je continue. Et, à vrai dire, le meilleur moyen de vous convaincre, c'est de vous dire l'article que très-probablement j'aurais écrit ce soir, si votre billet n'était venu me surprendre. De cette façon, notre conversation nous aura servi à tous les trois. La discussion me fournira des idées que le tête à tête avec le papier blanc ne m'aurait fournies que beaucoup plus lentement.

Où la trouver, dites-vous, cette littérature du premier âge qui prend chaque année plus d'importance dans les charmantes distributions que ramène le 1er janvier? Eh bien, mes chers amis, la recette est fort simple: allez-vous-en tous deux frapper au n° 18 de la rue Jacob, présentez-vous de ma part, demandez le catalogue de la maison, et livrez-vous en toute sécurité à un choix abondant; je vais vous dire pourquoi vous serez sûrs de ne pas vous tromper...

--Il y en a donc pour tous les âges dans cette maison-là?

Prosper Chazel.

(La fin prochainement.)