Du lac du Soleil descendent deux nouveaux affluents inconnus jusqu'ici.

Voilà l'état de la question. Il n'y a pas à le dissimuler. Des changements réels, incontestables, et considérables, s'accomplissent à la surface de ce monde voisin.

Sans doute, nous ne pensons pas que ces événements martiens empêchent personne de dormir, et, tout le monde peut même y rester absolument indifférent.

Cependant la question ne manque pas d'intérêt.

Outre qu'il est déjà curieux de savoir que nous pouvons voir d'ici ce qui se passe sur Mars, il ne l'est pas moins de constater que, tout en ressemblant beaucoup à notre planète par sa constitution générale, son atmosphère, ses eaux, ses neiges, ses continents, ses climats, ses saisons, ce globe voisin en diffère cependant de la manière la plus bizarre par sa configuration géographique, ses canaux dédoublés, et surtout par cette faculté de transformation superficielle et de dédoublement des lacs eux-mêmes, de lacs grands comme la France!

Comment expliquer ces variations?

II

L'hypothèse la plus simple serait d'imaginer que la surface de Mars est plate et sablonneuse, que les lacs et les canaux n'ont pas de lits, pour ainsi dire, sont très peu profonds, et n'ont qu'une très faible épaisseur d'eau, et qu'ils peuvent facilement, suivant les circonstances atmosphériques, les pluies, les marées peut-être, se rétrécir, s'élargir, déborder, et même changer de place. L'atmosphère peut être légère, l'évaporation et la condensation des eaux facile. Nous assisterions d'ici à des inondations plus ou moins vastes et plus ou moins durables. La séparation du lac du Soleil cette année serait due, par exemple, à une diminution ou à un déplacement de l'eau de ce lac, la ligne de séparation pouvant être considérée comme un banc de sable mis à découvert.

Il y a plus d'une objection à cette hypothèse.

La première est qu'il ne me semble pas qu'il y ait moins d'eau, puisque les affluents sont plus nombreux, et que celui de gauche a la longueur d'un bras de mer.