On peut admettre des inondations pour les extension de rivages, comme on en a observé le long de la mer du Sablier, et sur la Libye, au-dessous de la mer Flammarion. On peut les admettre aussi pour les régions qui deviennent de temps en temps un peu plus sombres. Mais les déplacements et les transformations semblent d'un autre ordre.

Ces lignes droites ne sont pas naturelles pour nous autres habitants de la Terre. De plus, elles s'entrecroisent mutuellement sous toutes sortes d'angles. On n'a jamais vu de fleuves s'entrecroiser. Admettrons-nous que le sol soit parfaitement de niveau, que ces eaux n'aient pas de cours, et que ce réseau ait quelque rapport avec des canaux d'irrigation?

Mais tout cela varie si étrangement d'aspect et de largeur que nous restons confondus, et que l'opinion de véritables cours d'eau perd graduellement de sa vraisemblance, quoique le ton soit souvent aussi foncé que celui des mers, mais plutôt en rougeâtre qu'en verdâtre ou bleuâtre. Considérons encore, par exemple, les petites cartes ci-dessous (fig. 7 à 10). En 1877, la mer du Sablier était très étroite, et aucun canal n'a été vu dédoublé. On en remarquait un, entre autres, auquel on a donné le nom de Phison. En 1879, mer plus large, le Nil semble avoir changé de cours, et l'on voit deux canaux au lieu d'un. En 1882, nouveau changement au cours du Nil et dédoublement; les deux canaux de 1879 se montrent également dédoublés, et l'on en découvre cinq autres. En 1888, l'Euphrate, le Phison, le Nil (appelé maintenant Protonilus), se montrent dédoublés comme en 1882, mais on voit un nouveau dédoublement, l'Astaboras, et un autre canal (voy. fig. 6). Ce sont encore là des changements. En 1890 (fig. 10) l'Euphrate et le Phison se montrent dédoublés, ainsi qu'une partie seulement du Protonilus, mais l'Astaboras ne l'est pas, le canal de 1888 a disparu, et, comme nous l'avons déjà remarqué, le détroit supérieur s'est partagé en deux dans le sens de sa longueur.

Il est bien difficile de se refuser à admettre que ces lignes droites qui varient ainsi représentent de l'eau ou quelque élément mobile analogue. Elles aboutissent toutes, sans exception, par leurs deux extrémités, à une mer, à un lac ou à un canal, et, par conséquent, l'eau ne doit pas y être étrangère. De plus, on voit quelquefois pendant l'hiver de longues traînées de neige les traverser: or, ces neiges sont fondues sur ces canaux, comme le ferait la neige en tombant sur de l'eau. Auraient-elles pour origine des crevasses géométriques dues à quelque procédé naturel dans la formation du globe de Mars? Peut-être; mais des crevasses seules, même remplies d'eau, n'expliqueraient pas les variations observées, sur lesquelles nous devons encore donner quelques détails. Si nous n'abusons pas de l'attention de nos lecteurs, en les transportant ainsi brusquement sur un autre monde... Mais une fois n'est pas coutume, et, quoique céleste et lointain, le sujet ne manque pas d'intérêt.

(A suivre.)

Au Cercle des Patineurs.

A deux. A trois.