La question irlandaise.--On attendait avec une légitime curiosité le résultat de l'élection du comté de Kilkenny, dans laquelle parnellistes et anti-parnellistes se livraient une bataille qui paraissait devoir être décisive. Personnellement, Parnell était fortement engagé, car, ayant abandonné l'action purement parlementaire à laquelle il s'était consacré jusqu'ici pour en appeler au verdict populaire, il avait en quelque sorte transformé l'élection de Kilkenny en véritable plébiscite. C'est du reste la portée qu'il avait donnée lui-même à cette élection dans une déclaration qu'il avait faite quelques jours avant la date du scrutin. Il est vrai que, depuis, il s'était ravisé et, probablement à la suite de renseignements défavorables sur les dispositions des électeurs, il a fait entendre qu'il était décidé à contester les résultats de l'élection de Kilkenny, aussi bien que ceux de toutes les autres circonscriptions nationalistes d'Irlande.

En attendant, voici un premier scrutin populaire dont M. Parnell peut nier la valeur, mais qui n'en est pas moins acquis. Sir John Pope Hennessy, le candidat nationaliste anti-parnelliste, a été élu par 2.527 suffrages, contre 1,356 donnés au candidat parnelliste, M. Vincent Scully. Parnell est donc battu à une assez forte majorité On voit que nous avions raison de prévoir que si le grand agitateur peut encore compter sur son indiscutable popularité, il aura quelque peine à déraciner de l'esprit de ses partisans la doctrine qu'il a préconisée lui-même, c'est-à-dire que la cause de l'Irlande ne pouvait triompher que par la voie de la persuasion, en d'autres termes par la voie parlementaire. Le tribun a été si éloquent dans le développement de cette thèse, que sa théorie reste victorieuse, même lorsqu'il y renonce pour son compte.

Est-ce à dire pour cela que c'en est fait de son influence? Loin de là! Battu sur un point, Parnell peut remporter sur d'autres des victoires de nature à compenser la défaite, et dans un pays ravagé par la misère et la famine on ne sait jamais quelles peuvent être les conséquences d'un soulèvement populaire, même quand, au début, il ne paraît pas avoir grande importance.

La Société des artistes français.--Lundi de la semaine dernière a été tenue au palais de l'Industrie l'assemblée générale de la Société des artistes, sous la présidence de M. Bailly.

M. Daumet a rendu compte de la situation financière de l'association, qui possède aujourd'hui un peu plus d'un million.

M. Tony Robert-Fleury a exposé ensuite le résultat des travaux du comité et des commissions. Il a parlé notamment de l'exposition de Buenos-Ayres qui fut, on le sait, un désastre. Huit cents œuvres environ d'artistes français furent saisies à la demande des créanciers de M. Delpech, l'organisateur. Or, la question est de savoir si «les œuvres d'art, prêtées par leurs auteurs pour figurer dans une exposition particulière, peuvent être saisies par des tiers, quoique n'étant pas la propriété de l'organisateur de ces expositions.»

Le tribunal de commerce s'est prononcé pour l'affirmative, mais la Société des artistes a porté l'affaire devant la cour, et espère faire modifier cette jurisprudence qui, si elle était définitivement admise, rendrait impossibles toutes les expositions particulières en France et à l'étranger.

Le samedi suivant a eu lieu l'assemblée dans laquelle il a été procédé au renouvellement du comité des 90, qui se subdivise ainsi: Peinture 50 membres; sculpture, 20 membres; architecture, 10 membres, et gravure, 10 membres.

Dans la section de peinture, MM. Bonnat, Tony Robert-Fleury, Jules Lefebvre, Benjamin Constant, J.-P. Laurens, Cormon, Henner, Bouguereau, occupent toujours la tête de liste. Parmi les membres nouveaux, on remarque les noms de MM. Raphaël Collin, Tategrain, François Flameng, Dantan, Julien Dupré, etc.

En somme la composition du comité reste ce qu'elle était et tout porte à croire que la scission qui s'est produite l'année dernière, et qui a eu pour conséquence la création du salon du Champ-de-Mars, subsistera cette année encore.