Sa carrière militaire suivit, pour ainsi dire, pas à pas, campagne par campagne, l'histoire militaire de ces quarante dernières années. Sous-lieutenant en 1839, capitaine en 1848, il fait les campagnes de Crimée, d'Italie, du Mexique; il y conquiert ses grades par sa bravoure et son énergie. Il est colonel en 1864. Au début de la guerre de 1870, il commande le 2me régiment de grenadiers de la garde; il se distingue à Rezonville; il est pris à Metz, il s'échappe, il est nommé général de brigade et il reçoit le commandement d'une division de l'armée du Nord. A la bataille de Villers-Bretonneux, il enlève le village de Gentelles après une action brillante et décisive; onze jours plus tard, il reprend aux Prussiens Saint Quentin et Ham. Nous pourrions ainsi suivre le général Lecointe de fait d'armes en fait d'armes jusqu'à la fin de la guerre et nous n'aurions qu'à constater qu'il fut un de ceux qui sauvèrent, l'honneur de notre armée.

Après la guerre, le général Lecointe, promu divisionnaire, a occupé de hauts postes qui témoignaient de l'estime dans laquelle il était tenu par ses pairs. Il a été commandant de corps, gouverneur de Lyon, et gouverneur militaire de Paris, du mois de mars 1881 à l'année 1884. Ses concitoyens du département de l'Eure l'avaient élu sénateur en 1882. Il était grand-officier de la Légion d'honneur.

ÉMILE VAN MARCKE

Émile van Marcke, le célèbre peintre animalier qui vient de mourir, était né à Sèvres en 1827, mais il était originaire des Flandres. De cette origine, sans doute, et aussi des leçons de son maître Troyon, il avait gardé cette simplicité sincère, solide et robuste, qui lui mérita une place toute spéciale parmi les artistes contemporains.

On se rappelle comment, depuis le salon de peinture de 1857, ou il avait envoyé pour ses débuts un paysage intitulé Les environs de Villeneuve-l'Étant, il peignait largement et rudement ses bestiaux aux croupes luisantes.

Certes, ses toiles n'avaient rien de particulièrement idyllique. Il leur manquait aussi la mélancolie profonde, le mystère indéfini qui fait rêver si longuement devant les incomparables compositions de Troyon. Mais van Marcke peignait avec de si sûrs et de si justes effets, il traduisait le spectacle de la nature avec une précision si naïve: on sentait dans ses œuvres les résultats accumulés de tant d'observations patientes: enfin on éprouvait avec tant de netteté que son talent comportait surtout beaucoup de probité artistique, qu'il était difficile de ne pas être ému devant les toiles que chaque année il exposait au Palais de l'Industrie.

D'ailleurs, van Marcke a obtenu de nombreux succès. Presque chaque exposition lui valut une récompense. Il reçut des médailles en 1867, en 1869 et en 1870. En 1872, il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur; en 1878, à l'exposition universelle, une médaille de première classe lui fut enfin décernée. De plus, pendant plusieurs années consécutives, ses camarades l'élurent membre du jury du Salon.

Émile van Marcke est mort subitement à Hyères. Ses obsèques ont été célébrées à Paris devant quelques amis intimes seulement.

M. VAN MARCKE. D'après M. ÉMILE DURIER. D'après
une photographie de M. Pirou. une photographie de M. Appert.