A onze heures du matin, à la garde montante, c'est-à-dire au moment où les postes, les sentinelles de la veille, sont relevés, tous les pensionnaires valides descendent en grande tenue, sabre au poing, dans la cour d'honneur, et se massent en ordre de bataille sur un des côtés. En tête de colonne, face à l'entrée, se placent des enfants de troupe élèves-tambours, fils d'invalides, et dont le plus âgé remplit les fonctions de tambour-major. Un moment de silence, puis le commandement de: Garde à vos, fixe! se fait entendre. Un petit peloton vient à son tour de déboucher de l'intérieur. A sa tête est le nouveau légionnaire. Le peloton lui-même se compose de tous les invalides décorés dans des promotions antérieures: les anciens de Crimée, du Mexique, ceux de Gravelotte aussi, les cuirassiers légendaires, les marins de Courbet, tous sont là, personnifiant notre histoire militaire.

--Portez armes! Et le peloton s'aligne en face du bataillon.

Le colonel, major de l'hôtel, s'avance alors, remet au récipiendaire la croix avec le cérémonial réglementaire et lui donne l'accolade, puis il fait placer le nouveau légionnaire à ses côtés et toute la troupe défile par le flanc devant eux.

La cérémonie est terminée. Les vieux soldats se dispersent, un tantinet jaloux de celui qui a reçu la croix, fiers et reconnaissants tout de même: la patrie a montré à ses braves qu'elle ne les oubliait pas.

«L'OBSTACLE»

La gravure que nous donnons de l'Obstacle, la pièce de M. Alphonse Daudet qui vient d'être applaudie au Gymnase, nous transporte au troisième acte de l'œuvre.

Le décor représente le jardin du couvent des Dames-Bleues, à Montpellier. Le gai soleil du midi se joue sur les ogives des vieilles murailles; des roses et des clématites s'épanouissent à l'aise au milieu de la cour intérieure, ou grimpent le long des arcades souriantes...

C'est dans cet asile calme et aimable que Madeleine de Rémondy (Mlle Sisos), après la rupture de l'union projetée avec celui qu'elle aime, Didier d'Alein (M. Duflos) a été chercher une consolation à son chagrin... C'est là aussi que Didier, qui ignore les motifs de la rupture, est venu, accompagné de son bon précepteur Hornus (M. Lafontaine), solliciter du tuteur de la jeune fille une suprême entrevue avec elle. Et Madeleine, plutôt que de révéler à Didier le terrible secret qu'on lui a confié, le cruel mal dont son père est mort et qui, lui a-t-on dit, menace celui qui fut un moment son fiancé, Madeleine lui dit, la douleur dans l'âme: «Je ne vous aime plus.»

Et Didier tombe, abîmé de chagrin, tout en pleurs, sur le banc où tout d'abord il s'était assis plein de confiance dans l'entrevue qu'il allait avoir avec Madeleine; il rend à celle-ci des lettres et le portrait quelle lui avait donné avec ces mots:

«A Didier pour la vie.» Madeleine est emmenée loin de lui par la supérieure. Elle aussi, elle pleure abondamment, car si un miracle n'intervient point, c'en est fait de son bonheur.