--Hé! dit-il, c'est toi, gamin?... Tu viens savoir si ton froc est chez le costumier?... Rassure-toi; hier, en rentrant, j'ai donné des instructions à mon matelot et tout est en ordre... Pendant que tu courais la prétentaine, j'étais moi-même allé au Corso avec la Peppina... Ah! mon fils, elle est tout plein gentille, cette petite bouquetière!... Elle vous a une verdeur... et un appétit!... C'est merveille de lui voir engloutir un risotto et des ravioli!... avec ça, des idées d'un drôle!... Positivement, elle me rajeunit... Mais parlons de toi; comment vont les affaires?
--Mal, répondit Jacques; et tout d'une traite il raconta à Lechantre comment, la veille, Thérèse, l'ayant suivi, l'avait vu monter dans la voiture de Mme Liebling.
--Diable! marmonna Francis, voilà qui est fâcheux... Thérèse doit avoir une crâne opinion de mon caractère, et je n'oserai plus me présenter devant elle.
--Oh! tranquillisez-vous! Elle n'aura même pas l'air de se douter de votre complicité... Elle est bien trop fière!... Ce n'est qu'à moi qu'elle réserve ses reproches. Nous avons eu hier une scène pénible et nous voilà brouillés.
--Bah! vous vous raccommoderez... Du moment que tu as liquidé ton Autrichienne, ta conscience doit être tranquille et tu obtiendras vite ton pardon... Une femme n'est pas longtemps jalouse d'un amour défunt et enterré... Tu en as fini, n'est-ce pas, avec la dame aux pavots rouges?
--Fini! se récria Jacques, pas le moins du monde.
--Ah! ça, voyons, reprit Lechantre en s'étirant, je ne parle pourtant pas hébreu... N'était-ce pas pour dénouer ta chaîne que tu avais hier un rendez-vous?
--Pardonnez-moi, répondit Jacques, je vous ai trompé... Je n'avais que ce moyen de m'assurer votre appui, et je vous ai fait croire...
--Tu t'es fichu de moi, galopin! interrompit le paysagiste en sautant hors du lit; ainsi tu n'a pas rompu avec ta baronne?
--Au contraire, je suis plus pris que jamais.