--Non, c'est fini... Elle ne viendra plus!

Accoudé au dossier du banc, énervé par l'enfièvrement de l'attente, il regardait maintenant sans voir; ses oreilles bourdonnaient et il n'osait plus s'illusionner. Un léger grincement de sable le tira de son abattement, il se retourna et aperçut à quelques pas de lui Mania qui souriait.

Abritée sous une ombrelle blanche et un grand chapeau fleuri de violettes russes, elle était vêtue d'une robe de laine couleur héliotrope. Un ample voile noir noué par derrière enveloppait comme un masque transparent sa figure légèrement rosée où les yeux brillaient d'un éclat d'émeraude.

--Ah! s'écria-t-il après un profond soupir, c'est vous enfin!...

Dans son exclamation, un reste de colère se mêlait à une explosion de joie farouche. Cette sauvagerie ne déplut pas à Mania.

--Vous vous impatientiez? dit-elle en glissant son bras sous le sien; je ne suis pourtant pas en retard... Seulement j'ai quitté ma voiture à l'entrée de la presqu'île et je suis montée à pied.

--Je croyais que vous ne viendriez plus et que vous vous étiez moquée de moi!

--Comme vous êtes injuste!... Je pensais que vous seriez heureux de n'avoir pas mon cocher sur le dos, et voyez... Je me suis tellement dépêchée que j'en suis essoufflée.

En effet, son corsage se soulevait et s'abaissait, agité par une respiration plus courte. Il regarda avec ravissement cette poitrine exquisement modelée; l'essoufflement de Mania tendait l'étoffe de la robe et accusait davantage les contours très purs du buste; il pressa plus fort le bras qui s'appuyait sur le sien et balbutia:

--Pardon... Merci d'être venue!