Après avoir fait à son tour le procès du boulangisme, l'ancien président de la Chambre a déclaré que, tout en recommandant, dans les rapports de l'Église et de l'État, une politique de modération, il est partisan de la laïcité de l'enseignement public et du service militaire obligatoire pour tous, sans exception. Il convient toutefois, a ajouté l'orateur, «'introduire dans l'application de ces lois tous les tempéraments, toutes les précautions de transition compatibles avec leur texte et leur esprit.»
Faisant allusion à la discussion qui s'est élevée à la Chambre sur le régime fiscal des congrégations, M. Méline a déclaré qu'il n'a pas hésité à marquer par son vote que, s'il entend faire payer aux congrégations tout ce qu'elles doivent, il entend du moins qu'on leur applique la loi comme à tous les citoyens, avec justice et sans passion.
L'orateur a rappelé enfin les récents discours du cardinal Lavigerie et la lettre de l'évêque de la Réunion. «Bien que ces adhésions, a-t-il dit, soient accompagnées de restrictions inacceptables, il y a là malgré tout un aveu précieux et un symptôme significatif. Toutefois il importe que le parti républicain soit circonspect, jusqu'au jour où les actes suivront les paroles.»
Le discours de M. Méline a été longuement commenté par toute la presse, parce que, en effet, on sait que c'est de ce côté que va se porter l'effort des partis au cours de l'année qui vient de commencer, et que, si le mouvement inauguré par un certain nombre de prélats se généralise, des modifications d'une portée considérable peuvent se produire dans la situation politique du pays.
Afrique: Soudan français.--Nous annoncions dans notre dernier numéro que le commandant Archinard s était mis en marche sur Nioro, la dernière forteresse d'Ahmadou et que, très probablement, il avait déjà pris contact avec l'ennemi. En effet une dépêché de Kayes a fait savoir depuis que la place de Nioro avait été enlevée et qu'Ahmadou était en fuite.
Le colonel Archinard n'avait sous ses ordres que 700 hommes, mais, comme nous l'avons dit, il disposait de l'artillerie nécessaire pour détruire les fortifications de Nioro. L'affaire a dû être chaude toutefois, car les Toucouleurs se battent avec une bravoure exceptionnelle, et nos troupes, épuisées par une marche de 300 kilomètres, ont dû faire des prodiges de valeur pour triompher de pareils adversaires.
La conquête de Nioro complète l'œuvre commencée l'an dernier par le colonel Archinard. Actuellement la ligne de nos postes entre le Sénégal et le Niger se trouve couverte à grande distance par les forteresses conquises sur l'ex-sultan de Segou. Il ne reste plus rien du vaste empire d'El Hadj-Omar, le grand conquérant que Faidherbe a arrêté dans sa marche vers l'Océan Atlantique.
Au Dahomey.--D'après les dernières nouvelles apportées par le courrier de la côte occidentale d'Afrique. M. Ballot, résident de France à Porto-Novo, est parti en mission pour Abomey en compagnie de M. M. Le Blanc, lieutenant de vaisseau, Decœur, capitaine d'artillerie de marine, et le Père Dorgère. Cette mission allait porter les cadeaux du gouvernement français à Behanzin, roi du Dahomey. Le roi Toffa, de Porto-Novo qui voudrait, paraît-il, se réconcilier avec son ennemi, aurait joint ses cadeaux à ceux du gouvernement français.
Pendant ce temps, les Allemands font au roi de Dahomey un cadeau d'un autre genre. Les chefs des établissements qu'ils ont à Whidah ont présenté à Behanzin un fusil à aiguille qui a été agréé par lui et dont l'armée dahoméenne va être, dit-on, pourvue. Behanzin en a été tellement satisfait qu'il a immédiatement fait don de quatre esclaves à chacune des maisons desquelles il avait reçu ces étrennes utiles.
Ce n'est pas tout. Deux cabécères ont été envoyés par le roi à Lagos pour traiter avec un commerçant anglais au sujet de la fourniture de fusils et de munitions de guerre destinés à l'armée dahoméenne. Le marché a reçu même un commencement d'exécution, car une somme de 125,000 francs a été versée entre les mains du fournisseur.