L'Odéon n'avait pas de Péponet dans sa troupe, il a appelé à lui M. Daubray, du Palais-Royal. M. Daubray, certes, est un excellent comique, mais un comique plutôt qu'un vrai comédien, il a joué le rôle de Péponet, il n'a pas été Péponet. Le créateur du rôle, Delannoy, avait autrement compris son personnage. Dumény dans le rôle d'Edgar, est charmant, comme toujours, de finesse et de malice. Cornaglia fait M. Dufouré, et il s'en acquitte consciencieusement, mais où est Parade? Montbars mérite une mention toute particulière dans Bassecourt. Du côté des femmes, nous citerons Mme Crosnier, parfaite de naturel, Mlle Dieudonné, très mutine, et Mlle Dubut qui rend à merveille la douce physionomie d'Emmeline. En somme, reprise très intéressante et dont le directeur de l'Odéon n'aura pas à se repentir.
S.
LES LIVRES NOUVEAUX
Truandailles, par M. Jean Richepin. 1 vol. in-12, 3 fr. 50 (Charpentier).--Avec ce titre-là, il n'y a pas au moins danger de s'y méprendre. Ce ne sont point des nouvelles à l'eau de rose et la mère qui en permettrait la lecture à sa fille aurait réellement perdu le sens, au moins le sens des mots. On savait bien que M. Richepin était un oseur... Oh! oui, la preuve en était faite, en vers ainsi qu'en prose. Mais on pouvait croire qu'une fois la queue de son chien coupée, il oserait enfin une chose: avoir du talent ou du génie, sans pistolet ni pétard, sans vouloir épater le bourgeois.
Il paraît que non; la queue de son chien repousse et, chaque fois, l'auteur de la Chanson des Gueux s'abandonne au plaisir de la couper.
David d'Angers et ses relations littéraires. Correspondance du maître avec Victor Hugo, Lamartine, Chateaubriand, de Vigny, Lamennais, Balzac, Charlet, Louis et Victor Pavie, lady Morgan, Cooper, Humboldt, etc. publiée par Henry Jouin. 1 vol. in-8° avec un portrait inédit de David d'Angers (Plon, Nourrit et Cie).--Nous ne dirons pas que ce volume vient compléter l'ouvrage publié, il y a douze ans, par M. Henry Jouin: David d'Angers, sa vie, son œuvre, ses écrits et ses contemporains. Cette biographie, éloquente et savante, n'avait pas besoin d'être complétée. David et les hommes de son temps ont écrit ce livre, dit M. H. Jouin, qui s'en déclare, il est vrai, responsable, mais comme éditeur seulement, sorte de «mémoires des autres», à l'entendre; mais ces autres ont les noms les plus illustres de la première partie du siècle. Au milieu de noms plus célèbres se détache en première ligne celui d'un ami du maître, Victor Pavie. Les proches de Pavie possédaient les lettres de David; le fils du statuaire, M. Robert David d'Angers, conservait les réponses de Pavie; qu'on ajoute à ces documents, qui font ressortir avec relief la figure du maître, les autographes des contemporains «saluant de tous les points du monde un artisan de leur gloire», et l'on aura l'idée de la richesse et de l'intérêt d'une telle publication. M. Henry Jouin a fait précéder le volume d'une introduction fort intéressante et suivre la plupart des lettres d'une note qui fait connaître les circonstances auxquelles elles se rapportent.
Mémoires de la duchesse de Brancas, publiés avec préface, notes et tables, par Eugène Asse.--Paris, Jouaust, 1890. In-18 elzévirien de XLVII-233 pages. 3 fr. 50 c. La librairie des bibliophiles enrichit son élégante petite «Bibliothèque des Mémoires» d'un volume tout à fait curieux. C'est encore M. Eugène Asse, dont ont connaît la vaste érudition historique et littéraire, qui, après nous avoir tout récemment donné les Mémoires de Mme de Lafayette, publie aujourd'hui les souvenirs de Mme de Brancas, sur Louis XV et Mme de Châteauroux. La préface de l'habile éditeur est, par elle-même, un des chapitres les plus piquants qui aient été écrits sur la «moralité» d'une certaine partie de la cour, sous le règne du prince qui se piquait le moins de vertu. Aux trop courts Mémoires de la duchesse de Brancas, M. Eugène Asse a joint la correspondance (46 lettres de Châteauroux), ainsi qu'un extrait bien choisi du fameux pamphlet, Mémoires de la cour de Perse, le tout formant un ensemble très curieux, sinon fort édifiant.
F. D.
La Liberté de conscience, par Léon Marillier. 1 in-12. 3 fr. 50 (Armand Colin.)--Savait-on qu'un prix de quinze mille francs avait été destiné par un donateur anonyme à récompenser «le meilleur ouvrage ayant pour objet de faire sentir et reconnaître la nécessité d'établir de plus en plus la liberté de conscience dans les institutions et les mœurs? Savait-on qu'un concours avait été établi, un jury institué, avec M. Jules Simon pour président? Si tout le monde ne l'a pas su, tout le monde ne l'a pas ignoré, car 324 manuscrits ont répondu à l'appel du donateur. Le rapporteur, M. L. Marillier, agrégé de philosophie, maître de conférences à l'École des Hautes Etudes, pour porter un jugement sur cet ensemble, n'a pas écrit moins d'un volume qui est un traité, très complet--et très profitable--de la question.
La Décoration et l'Art industriel à l'Exposition universelle de 1889, par Roger Marx, inspecteur des musées au ministère de l'instruction publique.--Paris, Quantin, 1890. Grand in-8° de 60 pages, avec 30 gravures. Tirage à petit nombre sur papier de luxe.--Cette belle publication, dont le titre indique suffisamment l'objet, renferme la remarquable conférence faite, le 17 juin dernier, par M. Roger Marx, au Congrès de la Société centrale des architectes français. L'auteur, dont on n'a point oublié les intéressantes études sur diverses questions d'art (l'Art lorrain, l'Estampe, la Gravure, etc.), a traité son sujet, il n'est pas besoin de le dire, avec autant de charme que de compétence et a trouvé le moyen de condenser en un petit nombre de pages une multitude de renseignements instructifs et de justes aperçus.
Les Pièces de Molière (librairie des Bibliophiles.)--La neuvième vient de paraître: c'est l'Impromptu de Versailles. Notice et notes de M. Auguste Vitu, dessins de Leloir, gravés par Champollion.