Un des plus pittoresques spectacles que l'on puisse imaginer est celui qu'offre en ce moment la mer du Nord et cela sur une très vaste étendue: à Ostende, notamment.
Devant la digue, à l'entrée du port, les glaçons se sont accumulés, depuis les froids de ces derniers temps, sur une surface énorme, sans se souder cependant.
Avant d'être venus échouer dans ces parages, ils ont été roulés par les cours d'eau qui aboutissent à la mer et dont la glace a été brisée. Presque tous sont couverts de neige, malgré le mouvement continuel dont ils sont agités. L'eau sous cette couche de glaçons a une couleur indéfinissable, mais qui parait sale par un effet de contraste avec la blancheur éblouissante de la neige. A deux ou trois cents mètres de la côte, le champ de glaçons s'arrête brusquement et la mer apparaît libre.
Mais ce qu'il y a de plus curieux encore et de plus saisissant, c'est la vue du vapeur anglais Asthon, qui se trouve pris dans ces glaçons tandis qu'à quelques mètres de lui, sur la mer libre, les chaloupes de pêche naviguent toutes voiles dehors.
1,500 FRANCS DE RENTE
A l'Hôtel-de-Ville. C'est un des gros guichets de souscription; ceux-là seuls qui peuvent acheter 1.500 francs de rentes, et au-dessus, passeront par ce guichet; une pancarte suspendue tout près de là ne laisse aucun doute à ce sujet.
Or, 1,500 francs de rentes représentent un capital de 16,225 francs, exigeant un versement immédiat de 7,500 francs, à raison de 15 francs pour 3 francs de rentes. En outre, à la répartition, qui devait se faire et qui a eu lieu en effet sauf liquidation ultérieure, quarante-huit heures après, nouvelle somme de 7,500 francs à verser. En tout, 15,000 francs.
Les personnages loqueteux qui figurent dans notre dessin n' ont vraiment pas l'air de capitalistes capables de débourser 15,000 francs en si peu de temps. Pourtant, ils sont là, au meilleur rang. Arrivés longtemps avant la première lueur de l'aube, ils attendent. Qu'attendent-ils? L'ouverture du bienheureux guichet? Non pas! Ils n'ont pas des 750 louis à offrir comme cela au gouvernement. Ils attendent tout simplement l'arrivée d'un vrai souscripteur, d'un souscripteur pour de bon, à qui ils vendront leur place. Car ces hommes sont des marchands de places.
Assez lucratif, ce métier: il le serait davantage s'il n'y avait pas tant de morte-saison. Une place se vend 3 francs, 5 francs, voire 10 francs: cela dépend de l'importance de la souscription, du plus ou moins de popularité de la valeur émise, de la température aussi.
Il y a deux ans, lors de l'émission des Bons de l'Exposition, les marchands de places,--des camelots, habituellement.--gagnèrent beaucoup d'argent. Un groupe de ces industriels s'était constitué en syndicat, à la porte du Crédit Foncier. Ils opéraient de la manière que voici: Au nombre d'une douzaine, ils stationnaient en tête de la queue. Deux ou trois rabatteurs amenaient le client, le pante, le singe: l'un et l'autre se disent. Ledit client payait, et le groupe l'admettait dans son sein, sans pour cela céder un pouce de terrain. Deux, trois, dix clients, quinze clients; et le groupe de marchands de places était toujours là, jouant des coudes, se moquant des réclamations, encaissant force écus de cent sous. On juge de la colère du vrai public; de cela, les marchands de places se souciaient aussi peu que possible. Il fallut, pour les faire déguerpir, l'intervention d'un brigadier de sergents de ville et de plusieurs agents. Mais ils partirent sans regrets; ils avaient «fait passer» de 100 à 150 personnes, et se partagèrent, par conséquent, de 500 à 750 fr.: une honnête journée, comme on voit.