Et voilà que le paysage morne naguère s'anime et s'égaye, les épisodes amusants vont se dérouler.

C'est d'abord le plaisir de passer le fleuve sur la glace, afin de pouvoir dire plus tard, avec un légitime orgueil: «Vous rappelez-vous l'année où nous avons traversé la Seine à pied sec?»

A Bercy, d'un bord à l'autre, c'est un perpétuel va-et-vient: les gamins, comme toujours, en nombre. Ils s'aventurent les premiers, craintifs d'abord--pensez donc, si la glace allait craquer!--puis plus hardis, et leur exemple entraîne les autres.

Plus loin, comme sur les sommets des glaciers alpestres, un charriage à la corde a été organisé, tandis que çà et là des gens isolés patinent ou glissent.

L'HIVER DE 1891.--La Seine prise à Bercy.

Puis c'est un café installé au milieu même du fleuve, et les consommateurs se pressent attirés par l'originalité et la rareté du cas; il fait froid, d'ailleurs, et le vin réchauffe. La recette du glacier--on peut bien le nommer ainsi--sera bonne.

Défense de traverser.

Mais, en prévision d'accident possible, la préfecture de police a fait afficher l'ordonnance interdisant «le passage et les glissades sur la Seine, la Marne et les canaux.» Des agents sont postés de distance en distance sur les berges, et la foule peu à peu regagne les quais.