Elle se leva, se mêla un moment aux groupes épars et finit par retrouver le peintre.

--Vous voilà enfin! s'exclama-t-elle, en lui tendant sa main qu'il ne sembla pas voir, d'où sortez-vous?

--Vous le sauriez, répondit-il avec une irritation à peine contenue, si, depuis votre arrivée, vous aviez eu des regards pour d'autres que M. Gregoriew.

Elle le dévisagea d'un air très calme et, connaissant ses emportements, elle s'empressa de lui prendre le bras. Elle l'emmena dans le salon contigu, dont la porte-fenêtre était ouverte sur les jardins. Quand ils furent seuls, au milieu de l'une des terrasses, elle murmura avec impatience:

--Pourquoi ce mauvais visage? qu'avez-vous contre moi?

--Vous le demandez? riposta-t-il, les dents serrées, croyez-vous qu'il me soit agréable de vous voir fleureter avec ce prince russe?

--Vous êtes jaloux du prince... un étranger que je connais à peine?

--Et auquel vous permettez de vous baiser la joue!

--Le baiser de Pâques... C'est une formalité banale, qui ne tire pas à conséquence.

--Et cette rencontre avec lui chez Mme Nicolaïdès, c'est sans conséquence aussi, n'est-ce pas?