Elle portait des vêtements de couleur foncée et était simplement coiffée de ses bandeaux plats; cette toilette sombre faisait plus vivement ressortir la pâleur mate de sa figure ainsi que la lueur attristée de ses grands yeux cernés. Elle tressaillit à l'aspect de Lechantre et lui tendit la main.
--Bonjour, Thérèse! dit Francis très ému, je suis content de vous revoir.
--Et moi, de vous recevoir au Prieuré, répondit-elle avec un calme voulu; y a-t-il longtemps que vous êtes dans notre pays?
--Cinq jours seulement.--Il prit profondément sa respiration et ajouta:--Thérèse, je ne suis pas venu seul... Jacques est ici...
Il avait à peine articulé ces mots que d'un geste énergique la jeune femme l'interrompit:
--M. Lechantre, ne continuez pas... La personne dont vous voulez parler m'est devenue étrangère; j'ai défendu que son nom soit prononcé ici, j'ai rompu avec tous ceux qui pouvaient me le rappeler... Je désire ne plus rien savoir; afin de mieux oublier... Oh! oui, oublier surtout!... et vous me désobligeriez en insistant.
--J'insisterai cependant, répliqua bravement Francis, je parlerai et vous me mettrez à la porte après si vous voulez... Je sais mieux que tout autre Thérèse, ce que vous avez supporté et combien vous avez lieu d'être irritée; mais il y a des circonstances où les cœurs les plus rancuniers doivent se montrer généreux.
--Quelles circonstances? demanda-t-elle, interdite.
--Lorsque le coupable a été si durement frappé qu'il a droit à la pitié de ceux même qu'il a le plus offensés.
Elle pensa que l'insinuation de Lechantre visait sans doute quelque trahison de la femme qui avait été sa rivale et elle repartit d'un ton âpre: