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Aux termes de l'article de la Constitution réglant l'ordre de succession au trône, sa sœur, la princesse Liliuokalani, née le 2 septembre 1833, et mariée à un Américain, M. J. O. Dominis, devient reine des îles Hawaï.
LA REINE KAPIOLINI
Une lourde tâche lui incombe. Dans cet océan Pacifique sur lequel l'Europe déborde, anxieuse d'agrandir son domaine colonial, l'Amérique s'étend, plus soucieuse d'une souveraineté de fait que d'une suzeraineté de nom. Dans l'archipel hawaïen la race blanche se multiplie et s'enrichit, la race indigène décroît, victime de ses aspirations à s'assimiler une civilisation meurtrière pour le sauvage. Et cependant, pour qui le connaît, ce peuple a mérité de vivre. Docile à l'impulsion européenne, il a répudié ses dieux, ses traditions superstitieuses, ses instincts belliqueux, sa barbare féodalité, son autocratie tyrannique. Il a adopté les idées, les coutumes, les mœurs, la religion, les lois, non de ses vainqueurs, mais de ses aînés. Par son climat, par la fertilité de son sol, par son étonnante richesse, le royaume hawaïen est la perle de la Polynésie, perle de grand prix, dont la possession donnera à la puissance qui l'occupera la clef de l'océan Pacifique du nord, l'unique étape entre l'Amérique et l'Asie. Une femme saura-t-elle, pourra-t-elle défendre l'archipel contre les convoitises étrangères, et, sur les débris d'une race en décroissance rapide, maintenir l'indépendance nationale?
C. de Varigny.
LES THÉÂTRES
Comédie-Française: Thermidor, drame en quatre actes, de M. Victorien Sardou.
Dès l'aube deux pêcheurs ont pris leurs places accoutumées sur les trains de bois de l'île Louviers. Aux regards inquiets qu'ils jettent autour d'eux, il est facile de se rendre compte qu'ils ne sont pas venus là pour goûter la fraîcheur du matin et pour suivre leurs lignes au courant du fleuve. Un jeune officier descend l'escalier qui mène de la berge au lavoir. Le plus âgé des pêcheurs, qui a nom Labussière, le reconnaît, c'est Martial Hugon, qui autrefois lui a sauvé la vie au régiment de Savoie-Carignan, où ils se sont connus soldats l'un et l'autre. Assez mauvais soldat avant de devenir médiocre comédien, Labussière allait porter la main sur son supérieur, lorsque Martial l'a empêché de commettre un acte d'indiscipline qui perdait le pauvre diable.
Depuis, sa vie s'est traînée on ne sait trop où, comme il lui plaît de le dire. Quant à Hugon, le voici commandant d'artillerie, il apporte à la Convention les drapeaux de Fleurus. Qui l'amène à cette place et à cette heure matinale? Un roman d'amour. Il y a un an, il rencontrait dans les environs de Paris une religieuse novice chassée du couvent des Ursulines de Compiègne. La malheureuse, mourante de faim et de froid, grelottait les pieds dans la neige. Elle avait nom Fabienne Lecoulteux, pas de parents, pas d'asile. Martial l'a conduite chez une de ses tantes à lui; bientôt les jeunes gens se sont aimés et se sont juré de s'appartenir l'un à l'autre. Le cri de la patrie en danger a retenti; Martial, qui était de ceux de Jemmapes et du camp du Grand-Pré, a été blessé, et est demeuré trois longs mois prisonnier à Anvers; il a été ensuite un des soldats de Fleurus, le voilà à Paris. Sa parente est morte; la maison est vide: qu'est devenue Fabienne?