L'impression produite sur la population musulmane a été indescriptible. Les vieux bédouins se rappellent qu'en 1829, la veille de la prise d'Alger, un tremblement de terre eut lieu, suivi d'une abondante chute de neige. Mais elle n'eut pas la persistance de celle de cette année. Personne d'ailleurs n'y pensait plus.

La population, un moment interdite, en a vite pris son parti, on en a fait un amusement, et pendant vingt-quatre heures Alger n'a eu rien à envier à Nijni-Nowgorod ou à Pékin: on s'y est battu à coups de boules de neige!

LE DÉGLAÇAGE DE LA SEINE

On sait que la Seine était complètement prise depuis plusieurs semaines en plusieurs points de son cours, notamment entre Asnières et Neuilly et entre Bezons et Bougival. A l'arrivée du dégel, il était à craindre que les glaçons, s'amoncelant sur ces bancs de glace plus solides que ceux d'amont, parce qu'ils étaient formés moins récemment, ne vinssent former à ces endroits des barrages qui auraient amené des inondations désastreuses.

Pour éviter ce danger, il a fallu pratiquer dans l'épaisse et solide couche de glace un chenal par ou le charriage pût s'écouler, et ce sont les troupes du génie qui se sont chargées de ce travail en y appliquant les puissants engins explosifs dont elles disposent.

C'est leur manière de procéder que nous avons fait dessiner spécialement pour l'Illustration et voici en quelque mots comment s'y prennent nos braves sapeurs, que nous montrons opérant sur la Seine entre Asnières et Neuilly.

Sous la direction d'un lieutenant, guidé lui-même par les avis des ingénieurs de l'État, les hommes font au milieu du fleuve, dans le sens du courant, une sorte de rigole, profonde de quelques centimètres à peine, et aussi longue que l'espace sur lequel il est pris. A mesure que leur travail avance, d'autres y déroulent un long cordeau détonnant de mélinite entourée d'étain. Derrière eux, le sergent dispose les pétards de mélinite, 1 par mètre environ, ou 2 tous les 3 ou 4 mètres, suivant l'épaisseur de la glace; jusqu'à 30 centimètres d'épaisseur, on pose simplement le pétard sur la glace; au-delà de 30 centimètres, il est plus sûr de faire un trou à la pioche et de placer la mélinite en-dessous. On réunit les pétards au cordeau, et tout est prêt pour l'explosion.

Ce cordeau détonnant brûle avec une rapidité que l'on peut estimer à 2 ou 3,000 mètres par seconde, aussi les sapeurs en déroulent-ils autant qu'il peuvent en garnir de pétards dans leur journée, c'est-à-dire environ 3 kilomètres par atelier de douze hommes, et font-ils sauter le tout en même temps. Pour avoir le temps de se mettre à l'abri, à l'extrémité du cordeau détonnant ils joignent un bout d'amorce Bickford qui met quelques minutes à brûler.

Quant à l'effet de l'explosion, il diffère suivant que les pétards ont été placés sur la glace ou en dessous. Dans le premier cas, la couche de glace est comme écrasée l'un formidable coup de marteau; dans le second, les projections ordinaires des éclatements se produisent. Mais de toutes façons le résultat est le même, il n'y a qu'un chenal d'ouvert au milieu du fleuve, et cela suffit, puisque le but est uniquement de permettre aux glaces de descendre librement au fil de l'eau.

Un bateau, que des chevaux tirent du bord par une longue corde, passe enfin sur les débris de l'explosion, et en facilite l'écoulement.