Le caporal se leva.
Toutefois, au lieu de reprendre l'ascension directe qui eût été trop fatigante, le disparu contourna le flanc dénudé du mamelon, du côté de la rivière dont il atteignit bientôt les bords. Malheureusement, en cet endroit, la déclivité était si prononcée qu'il lui fallut de grands efforts pour se maintenir sur les roches glissantes, en s'aidant des moindres aspérités du sol. A franchir cet éperon granitique contre lequel le courant se brisait avec un véritable ressac, il perdit ainsi un temps précieux, se froissant aux angles des pierres, se déchirant aux ronces, risquant à chaque pas de se rompre le cou.
Et quand enfin, épuisé, à bout de souffle, il se retrouva en terrain à peu près horizontal, le ciel s'ouvrit brusquement: un éclair fulgurait, illuminant le fleuve, les montagnes, les noires vapeurs planantes, qu'il stria d'un zigzag de flammes...
Alors seulement Munier aperçut devant lui, très près, un large arroyo dont l'eau calme, une seconde, étincela.
La route était barrée.
IV
Devancer la colonne, ou même simplement la rejoindre, devenait dès lors impossible: l'obstacle qui surgissait si mal à propos modifiait complètement le plan primitif; les chances de salut diminuaient. Munier le reconnut sans s'en émouvoir. Il appartenait à cette race de gens qui ne sauraient faire le sacrifice de leur vie, pour le bon motif que celle-ci ne leur paraît jamais menacée.
Une difficulté se présentait, la première d'une longue série peut-être. Il fallait la vaincre, et, après celle-là, toutes les autres. Un bon nageur comme notre caporal devait aisément la surmonter.
Ce fut l'affaire de la nuit qui suivit.
Mais les cours d'eau ne sont pas rares en Indochine; pareil obstacle se rencontrerait plus d'une fois encore. D'ailleurs, la route de terre était incommode, périlleuse, semée d'embûches et de surprises. Munier se le disait et pensait au fleuve, dont le courant irrégulier pouvait le rendre, sans fatigue sinon sans danger, presque à destination.