Et il répondait ainsi d'avance à toutes les objections par des arguments irréfutables.
Enfin, l'inventeur couronnait son exposé de réformes en baptisant sa découverte d'une appellation logique agrémentée d'adverbes latins, ce qui lui conférait un caractère à la fois scientifique et littéraire: c'était le triple ante-post-écusson du capitaine Bourgeron, dont il offrait généreusement la conception à son pays.
Au ministre maintenant de comprendre qu'une distinction honorifique serait la faible récompense de ses services et de son désintéressement de soldat!
Sur la question de la jugulaire, Bourgeron n'était pas moins catégorique:
«La jugulaire réglementaire, disait-il, de trop faible largeur, peut stranguler l'homme lorsque, par un grand vent contraire, il s'élance à l'assaut de la position ennemie. D'autre part, elle exerce une tension excessive sur le bourdaloue au grand détriment de la coiffure et par suite au grand dam des deniers de l'État.
«Il conviendrait de remplacer cette jugulaire par une large jarretière tricolore élastique qui, en dehors du besoin, s'enroulerait en macaron au sommet de la coiffure et concourrait ainsi à la rendre plus belle, plus imposante.»
Quelques semaines avant l'inspection, le colonel mit au rapport une note ainsi conçue:
«Le colonel est heureux d'adresser au capitaine d'habillement ses félicitations pour son remarquable travail d'inspection. Ce travail est déposé à la bibliothèque du régiment et messieurs les officiers sont invités à le lire attentivement.
«Dans sa double invention, la jugulaire-jarretière-macaron et le triple-ante-post-écusson, le capitaine Bourgeron ne se contente pas d'envisager le seul point de vue de l'habillement; il étudie, en outre, la question du combat et prouve ainsi qu'il joint aux modestes et sérieuses qualités d'officier de bureau le coup d'œil de l'officier de guerre.»
Bourgeron, acclamé à la pension, dut offrir «le champagne». Bourgeron était bien, bien heureux!...