Cet empereur, actif et piqué de je ne sais quelle tarentule, est bien étonnant. Meissonier meurt! il tient à ce qu'on sache qu'il s'associe au deuil du pays qui perd ce grand peintre. Il lit tous nos livres, parcourt tous nos journaux, se tient au courant de tout. C'est un peu étonnant et c'est assez effrayant. On conte, dans nos salons, que naguère un de nos généraux, M. de Boisdeffre, envoyé par le gouvernement français pour assister aux manœuvres de l'armée allemande en vint à causer avec l'empereur Guillaume d'Annibal et de ses campagnes, de Zama, de Capoue, etc., questions historiques encore plus épuisées que les bons mots de M. de Talleyrand. Eh bien, après des mois passés sur cet entretien, le général de Boisdeffre vient de recevoir du jeune empereur une lettre autographe de huit pages où le souverain discute, en historien, en archéologue militaire, si je puis dire, les mouvements stratégiques d'Annibal. Cette lettre fait beaucoup parler.
--Après tout, disait un vieux bonapartiste, Napoléon III correspondait bien, à propos de César, avec les savants allemands!
Oui, mais il y avait du rêveur chez Napoléon III. Chez le jeune souverain il y a de l'agilité pratique. Il est de son temps. Mais, peut-être aussi, préoccupé de sa gloire, a-t-il médité cette parole de Louis XIV: «Tous les conquérants ont plus avancé par leur nom que par leur épée.» Je le souhaiterais, pour la paix du monde.
Nous voici bien sérieux, du reste. Mais à qui la faute? Je vous dis que l'heure présente appartient aux polémiques rétrospectives et on ne peut toujours parler des modes nouvelles ou des refrains d'Yvette Guilbert, cette grande Diane des faubourgs comme vient de l'appeler M. Jules Lemaître, qui dit encore d'elle: «C'est une Demay qui aurait passé par le Chat noir.»
Une Demay! Il n'y a peut-être à Paris que M. Jules Lemaître et M. Ernest Renan pour se souvenir de Mlle Demay, si célèbre à son heure. Elles vont si vite, les réputations!
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Mais voici, pour Paris un nouveau joujou, une nouvelle célébrité. Et c'est un cosaque.
Qui a vu le cosaque?
--Cherchez le cosaque!
Ce cosaque est le cosaque Atchinoff, celui qui se réfugia, sous le drapeau russe, à Sagallo, et que M. René Goblet fit bombarder par l'amiral Olry.