Le maire de la ville de Rouen a l'honneur de porter à la connaissance des intéressés que la direction du Théâtre-des-Arts sera vacante à partir du 16 mai 1891.
Les demandes relatives à l'exploitation de ce théâtre sont reçues dès à présent à la mairie.
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LE GLACIER DE LA SEMOY
Nous avons déjà enregistré plusieurs des phénomènes produits par le long et rigoureux hiver de cette année. En voici un plus extraordinaire que tous les précédents, et d'autant plus actuel qu'il dure toujours et qu'il se prolongera probablement longtemps encore: c'est un glacier de plus de deux mètres d'épaisseur qui s'est formé en quelques instants et qui recouvre les terres de la vallée de la Semoy, dans le département des Ardennes, sur une longueur de plusieurs kilomètres.
La Semoy est une rivière qui prend sa source dans le Luxembourg et qui se jette dans la Meuse, en territoire français. Comme tous les cours d'eau de la région, elle était gelée à une grande profondeur lorsqu'arriva le dégel, le 29 janvier dernier. La débâcle fut très violente; les glaçons allèrent s'amonceler devant le pont de Thilay dont les arches, trop étroites pour leur donner passage, formèrent barrage. Aussitôt, la rivière déborda, puis, brusquement, le barrage céda et les eaux, retrouvant leur écoulement, rentrèrent dans leur lit, mais en déposant sur les terrains quelles venaient d'envahir les glaçons qu'elles charriaient. Ceux-ci forment un immense glacier recouvrant les deux côtés de la vallée, sur les territoires des communes de Sorendal, Falloué, les Hautes Rivières, Nohan, Thilay, Navaux, Tournavaux, etc. Telle est l'épaisseur de la banquise qu'elle a résisté à la température relativement élevée depuis un mois et qu'on a lieu de craindre qu'elle résiste pendant plusieurs semaines encore, si des pluies chaudes ne la fondent pas. L'une de nos gravures reproduit l'aspect de cette mer de glace en aval des Hautes Rivières; l'autre représente la tranchée creusée par un détachement du 91e de ligne, pour déblayer la route de Thilay à Hautes-Rivières, sur une longueur de près d'un demi-kilomètre.
EN RUSSIE
Nous avons publié, la semaine dernière, afin d'inaugurer en quelque sorte une excursion en Russie, une gravure représentant une Cuisine en plein air à Moscou.
La vie russe a une physionomie parfaitement originale. Chacun des aspects dans lesquels elle se révèle atteste cette originalité. Ici c'est la ville, avec ses belles avenues, ses riches équipages, et aussi, dans les recoins obscurs, avec sa population misérable, cette population naïve et mystique si merveilleusement évoquée par Dostoïevsky. Là, c'est la campagne, immense, uniforme, presque sans arbre, et où le voyageur, le plus souvent, n'aperçoit guère autour de lui que le cercle infini de l'horizon. Si disparates que semblent d'abord la ville et la campagne russes, il existe entre elles, cependant, une harmonie indéfinissable. C'est probablement que l'âme slave règne partout la même, d'un bout à l'autre de cet empire immense, et que, comme elle, nous finissons par retrouver de tous côtés des témoignages de cette patrie qu'elle vénère sous son titre religieux: la Sainte Russie.