--Comme je vais partir, je ne vous attristerai pas.
--Et comment comptes-tu partir? Avec quel argent? Je te préviens qu'il me reste quinze francs; et ils sont pour Barnabé. D'ailleurs, si tu partais, qui ferait danser notre monde?
--Tu veux faire danser!
--Pouvons-nous prévenir nos invités? D'une minute à l'autre ils vont arriver. Est-il possible de les renvoyer? En tout cas, alors même que cela serait possible, je ne le ferais pas: nous nous sommes imposé assez de sacrifices en vue de cette soirée, pour ne pas les perdre. D'ailleurs, qui la connaît cette dépêche?
--Nous.
--Eh bien, faisons comme si nous ne la connaissions pas, ce sera la même chose.
--Pour toi peut-être qui n'aimais pas Gaston; pour Anie aussi qui ne se souvient guère de son oncle...
--Avant de penser à ton frère, tu penseras à ta fille, je l'espère, et tu te feras le visage que tu dois montrer dans une fête qui est donnée pour elle; si c'est beau d'être frère, c'est mieux d'être père; si c'est bien d'être tendre aux morts, c'est mieux de l'être aux vivants. Je t'engage donc à réfléchir, ou plutôt à te dépêcher d'aller t'habiller.
Les quittant elle retourna dans la cuisine donner ses derniers ordres à Barnabé.
Après un moment de silence il tendit la main à sa fille: