L. P.
Reine des Bois, par André Theuriet. 1 vol. in-12, 3 fr. 50 (Bibliothèque Charpentier).--Le vieux châtelain célibataire Claude de Buxiène, qui vient de mourir, a semé bien des enfants dans la contrée. L'un d'eux, Claudet, a presque rang d'enfant légitime et serait reconnu si la mort n'avait arrêté la plume du testateur avant la fin du testament. Le château passe donc aux mains d'un arrière-petit-cousin, Julien de Buxiène, qui s'ennuierait fort dans ses nouveaux domaines s'il n'y avait rencontré Reine des Bois. Devenu l'ami de Claudet, il croit découvrir que Reine et lui s'aiment, ce qui n'est qu'à demi la vérité, et il veut les marier, pour n'être plus jaloux, car il se sent pris au cœur par la jolie fermière. Mais voilà bien un obstacle imprévu. Le curé refuse de consacrer ce mariage, et l'explication qu'il donne de son refus à Julien, c'est que Reine est la sœur naturelle de Claudet... Oh! ce vieux Buxiène! Claudet s'engage et meurt à Montebello. Et Reine? Elle épouse Julien qu'elle aimait. L'idylle se mêle au drame pour former un charmant poème, qui s'harmonise à merveille avec un cadre rustique, cher à M. André Theuriet, les forêts de la montagne langroise, dont le poète connaît bien tous les sentiers.
L. P.
La Bataille littéraire, par Philippe Gille. Quatrième série (1887-1888) avec une préface de l'auteur. 1 vol. in-12, 3 fr. 50 (Victor-Havard, éditeur).--Aux lecteurs des trois premières séries, la quatrième n'est plus à recommander. La bataille continue: Réalistes et naturalistes, spiritualistes et romantiques, se disputent pied à pied le terrain; mais voilà qu'entre en ligne un élément nouveau: de jeunes troupes qui portent inscrits sur leur drapeau des noms étranges: décadents, symbolistes, évolutifs, instrumentistes... Quel sera leur rôle dans la bataille? nous ne pouvons pas nous résoudre à le croire sérieux et nous pouvons bien voir que M. Philippe Gille y a aussi quelque peine. Mais il s'est fait un devoir de leur donner place, de nous initier autant que faire se peut à leurs mystères. Il cherche à les comprendre, nous aussi, et il faut bien espérer que ce n'est pas uniquement de notre faute si nous n'y parvenons pas. La crise littéraire actuelle est d'ailleurs résumée en tête du volume dans une préface de beaucoup de sens et d'esprit.
L. P.
Études d'histoire parlementaire: Les Beaux jours du second empire, par M. Corentin Guyho, ancien député, avocat général à la cour d'Amiens. 1 vol, in-12. 3 fr. 50. (Calmann-Lévy).--On sait ce que furent, sous le second empire, les discussions législatives, combien l'indépendance y était rare et difficile, à quel point elles étaient étouffées et sont par suite demeurées inconnues. Leur analyse impartiale a tenté M. Corentin Guyho qui s'est proposé d'établir par ce moyen aux yeux de la postérité combien, dès l'origine, le second empire a manqué de contrôle, «vice inaperçu ou timidement signalé dans les beaux jours; plus tard, cause de ruines irréparables et de désastres inouïs, quand l'empire, atteint de la maladie de l'incertitude, fut devenu un régime personnel où il n'y avait plus personne». Volume très intéressant et très attachant, dont la matière se borne aux années 1853 et 1854.
L. P.
Tribunes et Tréteaux par M. Étienne Salliard. M. Étienne Salliard vient de publier à la librairie Marpon et Flammarion, sous ce titre: Tribunes et Tréteaux, esquisses parlementaires, un volume contenant une série d'études fort humoristiques sur nos hommes politiques les plus en vue.
C'est par classifications, ou, si l'on aime mieux, par groupes--deux termes qui leur sont également chers du reste--que nos honorables défilent dans cette galerie satirique, avec leurs tics si drôles, leurs manies souvent bizarres, leurs attitudes tantôt frondeuses, tantôt empreintes de la plus réjouissante flagornerie.
Dans une préface étincelante d'esprit, M André de Latour de Lorde présente au lecteur ce livre écrit de verve et qui va faire sensation dans les sphères politiques.