Puis, s'enhardissant encore, mis en goût tout à fait, gardes et agents s'approchaient doucement des donneurs, que leurs carnets et leurs crayons permettaient de facilement reconnaître, et... ils se risquaient à demander la cote des chevaux; de là à essayer un petit pari il n'y a qu'un bien petit pas à faire, et l'attrait est tel qu'il n'était pas possible d'y résister. Et bientôt, plus ou moins vigoureusement, mais à peu près sur tous les points, l'armée française était engagée, elle pariait avec ensemble, les officiers eux-mêmes se laissaient entraîner: de nombreuses poules étaient organisées, et le turf comptait de nouveaux adeptes! Résultat peu prévu, sans doute, mais vraiment original et significatif.
Le spectacle était touchant, bien fait pour attendrir les apôtres fanatiques de la fameuse devise qui prêche la fraternité, bien propre en même temps à émouvoir ce bon M. Prudhomme, dont, en cette mémorable journée, le sabre qui devait combattre les paris ne les a pas protégés sans doute, mais en a subi le charme.
La preuve nous paraît faite, concluante et péremptoire, la cause est entendue, et il serait dommage d'insister. Aussi, avec quels cris de joie les listmen ont-ils accueilli le départ des fameuses voitures cellulaires, regagnant à vide leurs dépôts respectifs, au milieu des lazzis et de plaisanteries d'un goût plus ou moins douteux! et comme on était tenté de partager l'opinion des Pandores, qui murmuraient au retour, d'une voix un peu triste, le refrain connu:
Ah! qu'il est beau d'être homme d'armes.
Mais c'est un sort bien exigeant!
Alors, on n'a arrêté personne?
Pardon, un ivrogne, qu'on a relâché pour lui épargner les tristesses de la solitude.
Aujourd'hui, on est rassuré; la crise durera peut-être plus longtemps qu'on ne l'avait cru: mais la solution en est certaine et tout le monde, au moins la partie saine du public qui fréquente les champs de course y applaudira. On se consolera aisément, au besoin, de la suppression de quelques journées de courses au seul détriment de la tourbe qui déshonorait les hippodromes, si l'on peut, à ce prix, être pour l'avenir assuré de la tranquillité que l'on réclame depuis si longtemps.
Cette crise passagère profitera donc à l'institution des courses, et cette saignée salutaire, en la débarrassant du cortège d'escarpes qui la compromettaient, lui donnera une vitalité nouvelle.
S.-F. Touchstone.