Alors, l'officiant prend un goupillon des mains du servant qui l'accompagne et lentement, avec toute l'onction sacerdotale, son bras s'élève pour asperger d'eau lustrale les branches entassées à ses pieds. De ses lèvres s'échappent, pressées, les paroles consacrées.
Le buis des rameaux est béni.
Il fait grand jour maintenant. Une admirable matinée se prépare. Au fronton du Louvre s'allume de roses clartés; sur la place, les vieillards, les enfants et les femmes vont et viennent.
--Achetez-moi, disent-ils, un joli rameau de buis.
P. A.
DE PARIS A MOSCOU SUR DES ÉCHASSES
Une étrange fantaisie, assez inattendue dans un siècle qui se pique de marcher à toute vapeur, pousse certains de nos contemporains à employer, pour leurs déplacements, les moyens de locomotion les plus bizarres, sinon les plus rapides.
Il y a un an, un tailleur autrichien assoiffé de réclame nous arrivait enfermé dans une cage en bois, et deux amoureux espagnols, désireux de trouver à Paris un refuge contre la tyrannie paternelle, s'y faisaient transporter par le chemin de fer, cachés ensemble dans une énorme caisse, sous les étiquettes fragile et côté à ouvrir. De Vienne deux originaux venaient visiter en brouette l'Exposition de 1889, et la Russie nous envoyait, tour à tour, un officier à cheval, un autre à pied, et un jeune touriste en vélocipède; avant-hier enfin une troïka attelée de trois chevaux amenait de Saint-Pétersbourg un voyageur pas trop pressé.
Sylvain Dornon, un ancien berger, actuellement boulanger à Arcachon, a voulu se placer à un point de vue plus élevé, et rendre à la Russie une visite de politesse.
Il est, en effet, parti jeudi 12 courant à neuf heures et demie du matin de la place de la Concorde, monté sur des échasses landaises de 1 mètre 20 de hauteur, et s'est engagé à arriver en 42 jours à Moscou pour assister à l'inauguration de l'Exposition française, parcourant ainsi quelque 60 kilomètres par jour.