C'est dans ces conditions que sont partis les premiers missionnaires. Mais nous avons pu constater, dès la première heure, qu'il ne leur suffisait pas de faire le bien autour d'eux, de guérir les malades, de sacrifier même leur vie; nous avons vu que l'hostilité implacable des barbares n'était pas vaincue par ces sacrifices, et que, comme il arrive auprès de certains furieux, avant même de pouvoir tenter de les guérir par les secours de l'art, il fallait les mettre dans l'impossibilité de nuire et de se perdre eux-mêmes (2).»

Note 2: Lettre du cardinal Lavigerie, 1891.

Pour réussir dans une entreprise aussi complexe, aussi pleine de difficultés, il importe de les prévoir toutes, il importe que la troupe mise en campagne soit aguerrie et puisse subvenir elle-même à tous ses besoins. Aussi les détails de l'organisation intérieure de l'ordre sont-ils fort ingénieusement établis.

Chaque compagnie des Pionniers du Sahara est séparée en quatre ou cinq groupes de nombre inégal concourant tous à la prospérité de l'unité qui est de cinquante hommes. Ces groupes se dénombrent ainsi: celui des infirmiers, chargés du soin des malades et de tout ce qui concerne la propreté, l'hygiène, l'entretien des vêtements selon les règles de la salubrité et de la prudence; le groupe des artisans, chargés de tout ce qui concerne la construction et l'entretien des habitations et du réduit commun; le groupe des agriculteurs, des frères préposés aux soins de la culture, des eaux, de la nourriture ordinaire, boulangers, cuisiniers et servants divers; enfin, des chasseurs destinés à trouver, dans le gibier du Sahara, un supplément nécessaire aux troupeaux qui seront confiés à la garde des indigènes.

Ces différents groupes sont placés sous l'autorité d'un commandant et de deux lieutenants; des sergents et des caporaux se partageront les autres fractions. Ces chefs sont choisis à l'élection et nommés par Mgr le vicaire apostolique du Sahara sous l'autorité canonique duquel l'ordre est placé.

Indépendamment de cette hiérarchie, des moniteurs sont chargés de la direction de chacun des divers groupes qui seront formés selon la nature des occupations de chacun.

Aucun de ces volontaires ne doit avoir plus de trente-cinq ans. Un an de noviciat a été jugé nécessaire pour les aguerrir aux difficultés de la vie qu'ils devront mener. Ils l'emploieront à apprendre la langue arabe, à se perfectionner dans le rôle qu'ils auront demandé à remplir, et à rompre leur corps aux fatigues d'un climat souvent pénible et à l'alimentation plus que frugale du Sahara.

A la fin de ce noviciat, ils seront appelés, s'il y a lieu, à prendre un engagement quinquennal, d'après le vote, à la majorité des voix et au scrutin secret, de tous les membres de la communauté. Cet engagement se renouvellera tous les cinq ans.

Les Frères du Sahara auront trois tenues: la grande tenue, et la tenue de combat, toute blanche, se composant d'une tunique longue serrée à la taille par un ceinturon, la croix rouge de Malte sur la poitrine, le pantalon, un large burnous blanc, comme coiffure le casque blanc, surmonté d'un plumet blanc et orné de la croix.

La seconde tenue rappellera beaucoup le costume des Arabes, et aura comme pièces principales la gandoura avec la croix rouge sur la poitrine, et le burnous. Un détail qui va bien étonner nos Parisiens. Le chapeau sera de paille, pointu, et à bords très larges, de façon à préserver les épaules. C'est le chapeau des Touaregs tel qu'ils l'ont dans le désert.