Malheureusement, la Chambre est déjà si engagée qu'on peut avoir des doutes sur l'effet de cette protestation.

La situation légale du prince Victor et du prince Louis.--Par suite de la mort du prince Napoléon, le prince Victor, devenu chef de la famille Bonaparte, se trouve ipso facto expulsé du territoire français par l'application de l'article 1er de la loi du 22 juin 1886.

Cette loi, en effet, interdit le territoire français aux chefs de familles ayant régné en France et à leurs héritiers directs dans l'ordre de primogéniture. Le prince Victor, quel que soit d'ailleurs le testament politique du prince Napoléon, passe à l'état de «chef d'une famille ayant régné sur la France», et à ce titre tombe sous le coup de la loi d'exil.

Mais est-il juste de dire que le prince Louis, à qui reviendraient les droits de la famille Bonaparte si son frère venait à mourir sans héritier direct, passe à l'état d'héritier présomptif, dans le sens prévu par la loi? Le prince Louis n'est héritier qu'en ligne collatérale et la loi désigne «l'héritier direct». La question était tout au moins douteuse. Quant à présent, le garde des sceaux l'a tranchée dans le sens le plus libéral, c'est-à-dire en faveur du prince Louis. Il a fait remarquer d'ailleurs que le gouvernement restait suffisamment armé par l'article 2 de cette même loi qui lui permet d'interdire le territoire français à tous les membres des anciennes familles régnantes autres que les chefs et leurs héritiers directs.

Les Italiens en Afrique.--Il faut supposer et espérer que l'Afrique donnera à nos arrière-petits-neveux d'immenses satisfactions matérielles et morales de nature à compenser, par leur reconnaissance, les tribulations qu'elle cause pour le moment à toutes les puissances européennes.

La France, qui possède sur ce vaste continent la plus belle des colonies, en est réduite à nommer une commission d'études chargée d'examiner ce qu'il faut faire pour en tirer réellement parti. En même temps, elle est obligée de lutter au Soudan et au Dahomey, pour obtenir des succès très douteux, car on ne voit jamais qu'ils produisent rien de décisif.

Les Belges semblent plus embarrassés que fiers du territoire immense qu'ils occupent sur les confins du nôtre.

Les Anglais sont en lutte, tout au moins diplomatique, avec la France et le Portugal à raison de leurs possessions africaines, en sorte que tous ceux qui se sont partagé l'Afrique sont en hostilité plus ou moins sourde les uns avec les autres, en attendant qu'ils rencontrent tous l'ennemi commun, l'Africain lui-même, que nous ne connaissons encore que par quelques escarmouches, mais qui se révélera peut-être plus terrible qu'on ne croit, au centre de ce continent mystérieux dont on fait trop vite une possession européenne.

Mais les Italiens surtout ont à souffrir en ce moment de la précipitation avec laquelle toutes les puissances civilisées se sont jetées sur l'Afrique comme sur une proie facile. Voici remis en question, sinon déchiré tout à fait, ce fameux traité conclu avec Menelik, et qui devait donner à nos voisins le protectorat sinon la possession complète de l'une des plus belles parties du continent africain. Le comte Antonelli, qui s'était rendu en mission auprès du «roi des rois» pour traiter avec lui de l'exécution de celles des clauses du traité qui étaient favorables à l'Italie, a dû quitter brusquement le pays avec tous ceux qui l'accompagnaient, les Italiens ne se considérant plus comme en sûreté sur un territoire où ils ont cependant la prétention d'exercer leur protectorat.

M. di Rudini prépare sur la question un livre vert dans lequel il fera probablement connaître la vérité tout entière, car il n'a aucun intérêt à la cacher, Mais, si elle est telle qu'on la suppose, elle sera la justification, après la lettre, de la chute de M. Crispi, qui porte, non sans raison, en grande partie, la responsabilité de la politique suivie par l'Italie en Afrique.