Hier, on s'exclamait contre Stanley et ses lieutenants dont la désinvolture à faire bon marché des noirs excitait légitimement l'indignation. L'éloquent appel de Mgr Lavigerie n'avait pas assez de commentateurs élogieux dans les sphères officielles. La conférence anti-esclavagiste de Bruxelles avait lieu comme une première formule de régénération éloquente et magnifique. Des comités se constituaient, alliés implicites de ces tentatives d'affranchissement, et il était bien entendu que la France, initiatrice toujours incontestable et souvent incontestée de cette grande idée du relèvement des races, payait d'exemple au milieu des populations noires qui sont devenues les siennes et qu'une longue expérience lui a appris à considérer comme des enfants peu redoutables et toujours prêts à céder devant le prestige de la douceur et de la force morale sans violence.
Indigène venant d'apporter à Bakel des têtes
de prisonniers capturés parmi les fuyards
des bandes d'Ahmadou.
Pourquoi les faits que nous exposons viennent-ils en contradiction avec cette dernière pensée? La guerre explique bien des choses, dira-t-on. Dans l'espèce, nous ne le croyons pas. Nous n'admettons pas qu'elle justifie l'affolement qui va jusqu'à mettre aux mains de non belligérants des armes pour tuer leurs frères; nous n'admettons pas qu'elle justifie l'encouragement à l'esclavage, au meurtre et aux pires passions. Devant de pareils faits, le mot civilisation devient la plus sanglante des ironies. Et, d'ailleurs, le système contraire, celui de la douceur, n'a-t-il pas des adeptes dans l'armée même? N'a-t-il pas été pratiqué notamment par Brière de l'Isle au Tonkin, Faidherbe au Sénégal? Nous ne sachions pas qu'ils aient eu à s'en repentir.
Une autre de nos gravures représente les principaux personnages officiels de notre colonie sénégalaise, à bord de l'aviso la Cigale, qui a transporté M. de Lamothe, gouverneur du Sénégal, lorsqu'il a récemment remonté le fleuve pour aller visiter nos établissements, sur le théâtre même des faits que nous venons de raconter.
Le capitaine Mahmadou-Racine, dont nous publions un portrait spécial, a fait toute sa carrière aux tirailleurs sénégalais. Il est le seul officier indigène qui soit décoré de la croix d'officier de la Légion d'honneur. Il porte également la croix du Cambodge. On n'en est plus à compter les services qu'il a rendus au Sénégal. Il a cinquante-deux ans. C'est lui qui accompagna en France, en 1886, Karamoko, un des fils de Samory.
A BORD DE LA «CIGALE» Cap. Mahmadou. Cap. Kolle.
Cap. Auber. Dr Tautin. Colonel Archinard. M. de Lamothe, gouverneur du
Sénégal. Capitaine Roux. L'interprète Ousmann Mandao.
LE TOUR DU MONDE EN SOIXANTE-DOUZE JOURS
Lorsque je lus, il y a quelques années, le fameux roman scientifique de Jules Verne, je me demandai si ce voyage autour du monde en quatre-vingts jours était possible, ou si la seule imagination de l'auteur avait combiné une série de conditions irréalisables.