Au dehors la populace entend le bruit de la fusillade, elle est prise à son tour de la folie homicide, il lui faut maintenant mettre, elle aussi, la main dans le sang, elle réclame à grands cris sa part; les deux derniers Italiens, retirés, l'un de la niche à chien, l'autre du panier d'ordures, lui sont alors amenés et, sur la place, à la porte de la prison, une scène atroce a lieu.

Le premier est pendu haut et court à la lanterne; quant à l'autre, il est passé d'abord à la savate, puis accroché aussi et hissé au réverbère; mais la corde casse, il est alors rependu une seconde fois. Dans l'instinct de la conservation, le misérable a la force de se soulever par les poignets sur la corde et de grimper jusqu'à la barre de fer, d'où, les yeux hagards démesurément ouverts, la figure violacée, le cou déjà tuméfié et meurtri par la corde, il regarde avec terreur cette foule qui grouille et hurle au-dessous de lui; un homme monte alors jusqu'à lui et, à coups de poings dans la figure, le fait dégringoler sur le pavé. Il est enfin pendu une troisième fois et meurt au milieu d'affreuses convulsions pendant que la foule entonne un chant triomphal.

«JUANITA»

La gravure que nous donnons sur Juanita représente une des scènes les plus amusantes de l'ouvrage.

René Belamour, le fifre que le général français a dépêché dans Saint-Sébastien pour découvrir les secrets de l'ennemi et qui est entré dans la ville sous un costume de muletier, a été pris et arrêté. Sur le point d'être fusillé, il déclare qu'il n'est point ce qu'un vain peuple pense: en réalité, il est femme, et femme espagnole, répondant au doux nom de Juanita. En effet, il endosse un costume féminin, il le porte très drôlement et voilà que par des œillades enflammés, la belle Juanita rend férus d'amour l'alcade de la ville et le colonel sir Douglas, le gouverneur de la garnison anglaise qui occupe Saint-Sébastien. Logée à la maison de ville, elle reçoit dans ses appartements ses deux grotesques amoureux... Notre gravure nous les montre, au moment ou les deux fantoches (Gobin et Guyon) portent la santé de leur adorée (Mlle Marguerite Ugalde); un vin pétillant d'Espagne que leur sert la sémillante Pétrita (Mlle Zélo Duran) brille dans les coupes.

Nous publions aussi, grâce à l'obligeance des éditeurs, MM. Schott et Cie (Knoth et Sedano, successeurs. 70, faubourg Saint-Honoré), un des morceaux les mieux venus de la partition de M. de Suppé: c'est la romance que chante au second acte Mme Zélo Duran.

POUYER-QUERTIER

Tous les partis ont rendu hommage à M. Pouyer-Quertier, à l'heure où la mort nous enlevait cette physionomie parlementaire si intéressante et si savoureuse en sa piquante originalité. Cet industriel, cet économiste, ce ministre, cet homme politique, était avant tout un vrai Gaulois, mâtiné de Normand, un Gaulois haut en couleur, au verbe abondant, aux façons communicatives, dont l'exubérance un peu ronde cachait parfois un esprit délié, aigu et fécond en ressources.

Pouyer-Quertier était né en 1820: il entra à l'École polytechnique. Au sortir de l'École, il voyagea, visita longuement l'Angleterre, puis se consacra à l'industrie. Dès 1857 il entra, avec l'appui du gouvernement, au Corps législatif en qualité de député de la première circonscription de la Seine-Inférieure, mais en 1800, il échoua contre le candidat de l'opposition démocratique, M. Desseaux.

Les événements de 1870 rendirent à M. Pouyer-Quertier sa place dans la vie politique, et c'est alors qu'il joua le rôle décisif qui honore sa mémoire. Choisi par M. Thiers pour occuper dans le ministère le portefeuille des finances, M. Pouyer-Quertier eut, en effet, à coopérer à la grande œuvre de la libération du territoire. Puis, il dut aller négocier le traité de paix de Francfort et en discuter avec M. de Bismarck les stipulations commerciales. On raconte qu'en face du puissant chancelier il dut, non seulement faire assaut de présence d'esprit et d'énergie patriotique, mais résister encore aux défis gastronomiques du prince. Grand mangeur et gros buveur, M. de Bismarck trouva à qui parler; et l'on raconte qu'il sut gré à M. Pouyer-Quertier de lui avoir tenu tête.