Ab.
LE MANOMÈTRE DE LA TOUR EIFFEL
Lorsqu'on a construit la tour de trois cents mètres, on n'avait pas seulement pour but, en la montrant au monde entier convoqué à l'Exposition universelle, de faire constater à quel degré de perfection est arrivé en France l'art de l'ingénieur; on se proposait aussi de l'utiliser ultérieurement pour des expériences scientifiques. Pendant la construction tout a été prévu dans ce but, et après les installations du sommet relatives à la météorologie, on continue à monter d'autres appareils qui permettent de faire des expériences impossibles jusqu'alors avec les moyens dont on dispose dans les laboratoires ordinaires.
Le premier de ces appareils qui vient d'être terminé est le grand manomètre à air libre construit sur les indications de M. Cailletet, membre de l'Institut, et offert généreusement à la science par M. Eiffel qui l'a fait construire dans ses ateliers.
L'instrument se compose d'un tube d'acier de 300 mètres de haut qu'on peut remplir de mercure de façon à avoir une pression directe d'environ 400 atmosphères. La base de ce tube arrive au pilier ouest de la tour dans lequel se trouve installé le laboratoire destiné aux observations et que représente la figure 3. Le mercure est renfermé dans le récipient représenté au milieu de notre gravure et au fond duquel aboutit l'extrémité du tube de 300 mètres; la partie supérieure de ce récipient est mise en communication avec une pompe foulante représentée à gauche. Il suffit de manœuvrer cette pompe pour refouler de l'eau sur le mercure et le forcer ainsi à s'élever peu à peu dans le tube jusqu'au haut de la tour. Ce résultat atteint, la pompe cesse de fonctionner. On sait qu'une colonne de 76 centimètres de mercure représente un atmosphère, on dispose donc au bas de la tour de 330/76 ou 395 atmosphères. Il est clair qu'on peut obtenir toutes les pressions intermédiaires en ne refoulant le mercure que jusqu'à une certaine hauteur dans le tube; mais, celui-ci étant en acier, il était impossible de voir jusqu'où il montait exactement.
On a tourné la difficulté de la façon suivante: De 3 mètres en 3 mètres environ, sur toute la hauteur on a disposé des tubes de verre verticaux qu'on met à volonté en communication avec le tube d'acier au moyen de robinets. Tous ces tubes sont facilement accessibles puisqu'ils suivent tout le temps les escaliers de la tour. Le tube principal ne pouvait en effet être établi sur une ligne droite verticale partant du sommet, il lui fallait pour supports les piliers de la tour et ceux-ci sont inclinés; la figure 2 représente la disposition adoptée pour son installation.
Lorsqu'on veut faire une expérience avec une pression déterminée on envoie un aide à la hauteur correspondante (fig. 1); il ouvre alors la communication dont nous venons de parler, entre le tube d'acier et le tube de verre, et attend l'arrivée du mercure. Il a emporté avec lui un téléphone qu'il relie à la ligne suivant le tube dans toute sa longueur et qui le met en communication avec le laboratoire. Il suit la montée du mercure dans le tube de verre soigneusement gradué et au moyen du téléphone il guide l'opérateur qui manœuvre la pompe pour l'arrêter au moment voulu. Si, par hasard, le mercure arrivait à dépasser la hauteur du tube de verre, il retomberait par un trop plein dans un tube de fer qui le ramènerait au laboratoire. Toutes les précautions ont été prises pour que les opérations se fassent avec facilité et précision. L'une des principales applications à laquelle pourra servir ce manomètre sera la graduation directe des manomètres de haute pression.
G. Mareschal.