Mettra-t-on
Houdon?
C'est un refrain narquois dont s'amusent quelques Versaillais. Ce qui est certain, c'est que Houdon sera, pour les Parisiens et les Parisiennes, un motif de distraction. On avait demandé à M. le ministre des travaux publics de laisser rouvrir, pour un jour, ce délicieux petit théâtre de Trianon fermé, je crois, depuis un siècle. Autorisation donnée, puis retirée, l'État voulant être maître chez lui. Mais Houdon n'en souffrira pas et le comité de sa statue restituera, comme il l'a promis, une représentation trianonesque comme au temps où la reine jouait (fort mal, dit-on) la comédie dans cette bonbonnière.
Et alors, imaginez-vous l'empressement des mondaines à se rendre à cette matinée d'une séduction si particulière! Houdon ne sera qu'un prétexte, le Devin de village même et la Gageure imprévue ne serviront là que d'étiquette. Ce qui sera piquant, attirant et tentant, ce sera cette évocation du petit théâtre de Marie-Antoinette, à deux pas du Temple de l'amour où le Cupidon de marbre de Bouchardon semble rêver, appuyé sur son arc.
Une Matinée théâtrale à Trianon! Par exemple, voilà une idée! Et originale, et nouvelle. Personne ne le connaît, ce petit théâtre, que Louis-Philippe avait fait réparer, le malheureux, et qu'on a, Dieu merci, remis dans son état primitif. L'idée d'assister à une représentation du dix-huitième siècle en chapeau de paille et en robe de linon fait tourner la tête de nos mondaines et chacune d'interroger:
--Ai-je mon fauteuil?
--Aurai-je ma place?
--Comment faut-il s'habiller pour Trianon?
--Fera-t-on un goûter sur l'herbe pendant un entr'acte?
--Répondez-vous du temps?