On croit généralement qu'il suffit d'augmenter le développement de la roue motrice pour accroître la vitesse de marche: ce serait vrai si la force humaine n'était pas limitée de telle sorte que plus l'espace parcouru par tour de pédale augmente, plus l'effort à exercer s'accroît, au point de dépasser bientôt les forces musculaires du vélocipédiste.

En pratique, on ne multiplie généralement pas une machine de course au-delà de 1 m. 70 et une machine de route au-delà de 1 m. 60, c'est-à-dire que la machine avance de 5 mètres environ à chaque tour de pédales, le développement de la circonférence étant d'un peu plus de trois fois le diamètre.

Quant à la vitesse de marche, elle est extrêmement variable, selon la force du veloceman, son degré d'entraînement, l'état des routes, le profil du terrain, etc., etc. En course, on est arrivé à soutenir pendant trois heures une vitesse de 32 kilomètres à l'heure, mais il s'agit ici de pistes spéciales, et sur route ordinaire la vitesse des velocemen, même les plus exercés, se réduit sensiblement. Cependant, nous venons de voir Mills, vainqueur de la grande course de Bordeaux à Paris, effectuer en 26 h. 35 m. le trajet de 577 kilomètres entre ces deux villes, soit une vitesse de 21 kilom. 750 m. à l'heure, obtenue sur un terrain détrempé et malgré une pluie presque continuelle.

Hâtons-nous d'ajouter que ce sont là des vitesses extraordinaires, obtenues à la suite d'un entraînement tout spécial, auquel peuvent seuls se soumettre de véritables bicyclistes professionnels. L'amateur qui croirait pouvoir obtenir d'emblée de tels résultats s'exposerait aux mêmes mécomptes qu'un cavalier qui voudrait voyager au train d'un cheval de course. Dans les conditions ordinaires, on obtient facilement douze à quinze kilomètres à l'heure et l'on peut, à cette allure, faire sans fatigue exagérée soixante à cent kilomètres par jour, ce qui est déjà un résultat suffisant pour assurer au vélocipède une supériorité considérable sur le cheval attelé ou monté.

C'est là qu'est l'avenir réel du cyclisme. C'est le côté du sport vers lequel inclinent déjà avec raison les neuf dixièmes des vélocipédistes.

Le tourisme vélocipédique a, lui aussi, ses difficultés, et, si les bons coureurs sont rares, les vrais touristes le sont également.

Marcher devant soi, pendant quelques heures, voire même quelques jours, sur des routes connues et faciles, est assurément fort agréable. C'est même ce qui motive le succès énorme du véloce, et ceux qui n'ont jamais goûté ce plaisir de l'excursion vélocipédique ne sauraient en deviner tous les charmes.

Mais partir pour un long voyage qui doit durer des semaines ou des mois, en pays qui ne sont guère fréquentés que par les paysans qui les habitent; emporter avec soi armes et bagages; savoir voyager intelligemment au lieu de manger aveuglément de la route, si j'ose m'exprimer ainsi: tout cela demande des qualités spéciales au moins aussi méritoires que celles du coureur sur piste.

Nous citerons, parmi les voyages qui ont eu le plus de retentissement dans le monde du sport par le choix et les obstacles naturels de l'itinéraire, celui que M. Maurice Martin, du journal français Le Véloce-sport, fit l'été dernier pour ce journal à travers les montagnes du Cantal, des Cévennes, de la Savoie, de la Suisse et des Vosges.

M. Maurice Martin a ainsi parcouru en pays constamment accidenté 3,126 kilomètres, soit en ligne droite à peu près la distance vélocipédique de Paris à Saint-Pétersbourg. Le voyage a duré 73 jours, dont 38 jours de marche effective, soit une moyenne quotidienne de 81 kilomètres, chiffre le plus recommandable pour le tourisme qui veut être intelligemment pratiqué.