Il y avait là des gamelles.
--Mettez les gamelles devant.
Autant valait, contre les balles, une feuille de papier que ces morceaux de fer blanc. Qu'importe! Cela suffisait. Il se sentaient abrités, ils se croyaient abrités; ils se moquaient des balles allemandes.
Mais lorsqu'à la chambrée ils vont se confier l'un à l'autre qu'on a pu lire sur le Petit Journal que le secret de la mélinite est vendu--ne le fût-il pas--je vois d'ici le hochement de tête des petits troupiers.
Ne craignez rien, mes enfants, ce n'est pas la mélinite, c'est votre bravoure gaie et bonne fille qui donne la victoire. En avant!
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J.-J. Weiss, mort la semaine dernière, avait été enfant de troupe. Il connaissait et aimait les soldats et je n'oublierai jamais l'article qu'il écrivit bien avant la guerre et où il nous montrait la sentinelle prussienne montant sa faction sur le pont de Kehl et regardant en rêvant--d'un rêve plein d'envie--la flèche ailée de la cathédrale de Strasbourg. Weiss, qui savait l'Allemagne, nous avait avertis depuis longtemps sans qu'il ait été jamais écouté. Il avait trop d'esprit, on ne le prenait pas au sérieux. Cet homme, très profond, détestait les pédants. Lorsqu'on le nomma à un poste des plus importants, sous le ministère Émile Ollivier, je ne sais quel haut fonctionnaire s'écria:
--Mais on m'a dit qu'il allait souvent au bal de l'Opéra!
Plus tard, quand Gambetta appela J.-J. Weiss à la direction des affaires étrangères, quel tolle! Weiss dut battre en retraite.
--Vous avez été en butte à bien des républicains imbéciles, lui disait alors un jour un député légitimiste.