--Tout à l'heure; le temps de finir ce cigare.
Son cigare achevé il alla rôder autour de la table de baccara, mais sans s'y asseoir; il voulait rester frais pour sa partie contre d'Arjuzanx, et, d'ailleurs, il craignait d'épuiser sa veine dans des coups insignifiants, s'imaginant, par une superstition de joueur, qu'il ne pouvait pas faire grand fond sur elle, et qu'il ne fallait pas lui demander plus d'une courte série heureuse; quand il l'aurait obtenue il s'en tiendrait là.
Enfin, une des tables d'écarté n'étant plus occupée, il fit un signe à d'Arjuzanx, voulant, cette fois, tenir lui-même les cartes qui allaient décider de cette lutte.
--Combien? demanda d'Arjuzanx en s'asseyant vis-à-vis de lui.
--Veux-tu cent louis?
--Parfaitement.
En prenant ce chiffre Sixte se croyait prudent, puisque, sur les trois parties qu'il lui permettait de jouer avec son gain, il ne devait pas les perdre toutes: il pourrait se défendre si la chance tournait d'abord contre lui, et à un moment quelconque attraper la série sur laquelle il comptait.
En prenant ses cartes Sixte eut la satisfaction de constater que ses mains ne tremblaient pas et de se sentir maître de son cœur comme de son esprit: il voyait, il savait, il jugeait ce qu'il faisait.
D'Arjuzanx, au contraire, paraissait ému, et, en le regardant, on voyait clairement qu'il n'était plus le même homme; sa nonchalance, son indifférence, avaient disparu et dans ses yeux noirs brillait une flamme qui leur donnait une expression de dureté que Sixte n'avait jamais remarquée.
Mais ce n'était pas le moment de se livrer à des observations de ce genre; c'était à son jeu comme à celui de son adversaire qu'il devait donner toute son attention.